mardi 13 février 2024

Rompre la transe hypnotique du mental

Selon certaines écoles de sagesse indiennes (yogas tantriques, bouddhisme, Sikhī…), le mental humain est comme pris au piège d’une transe hypnotique appelée mohāvasthā, ou « mode dominé par moha », moha désignant la fascination. Le mental se comporte comme un spectateur devant un prestidigitateur : il reste fixé sur ce qui attire son attention, tout en ignorant tout le reste, notamment ce qui compte vraiment. L’imagination, la créativité, la perspicacité, le discernement, la perception de soi, la réflexion fertile… sont ainsi appauvris, inhibés, l’espace du mental étant tout entier dédié à l’objet de sa fascination. Et le temps passe ainsi, la conscience se maintenant en permanence dans un état de distraction et de confusion, non dénué cependant d’un ravissement naïf et stérile. Le Yoga, dans son ambition d’éveiller les êtres à la liberté et la pleine autonomie, d’émanciper leur conscience et de les mener à la réalité du soi, vise notamment à extraire le mental de cet état de transe. 

Dans cette fameuse scène du Livre de la Jungle dans l’adaptation de Walt Disney, Mowgli est hypnotisé par Kaa, serpent monstrueux au regard fascinant qui lui chante « Aie confianssssse… » Le garçon perd alors toute conscience de lui-même, souriant béatement malgré les dangers auxquels il ne fait désormais plus attention.

Cette méditation repose d’abord sur le mouvement mécanique et rythmé des bras, plus tard accompagné de la répétition rigoureuse du mantra har: des auto-stimuli répétitifs et réguliers, des schémas hautement prédictifs, maintenus suffisamment longtemps pour provoquer une saturation de la vigilance, un « hypercontrôle » qui libère la conscience, lui permet d’intégrer de nouveaux états et permet à d’autres fonctions cognitives de s’exprimer, notamment celles, avancées et complexes, qui sont ordinairement ignorées ou réprimées.  La méditation fait aussi intervenir un verrouillage du regard et de l’attention, qui limite l’errance hypnotique du mental (bhrama). Enfin, la conscience est suffisamment disponible pour que soit invité l’état de shūnya: le silence mental, un espace vide et disponible qui favorise le calme, la perception de nouveaux horizons et une redéfinition du rapport à soi. 

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Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit et le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Maintenez les index tendus, mais refermez les autres doigts en poings, soigneusement verrouillés par les pouces. Les coudes contre la cage thoracique, placez les mains en face l’une de l’autre et distantes entre elles de 20 à 30 cm, à une vingtaine de centimètres de la poitrine. Les index, tendus vers le haut, sont au niveau des clavicules. 


1. À partir des coudes, dépliez légèrement le bras droit, puise ramenez-le devant la poitrine tout en dépliant légèrement le bras gauche.  Maintenez les avant-bras, les mains et les index dans une ferme continuité: il ne devrait y avoir aucune mobilité dans les poignets ni dans les doigts. Bougez ainsi les avant-bras alternativement, dans un mouvement sec et précis, à un rythme régulier, comme une horloge: la cadence est environ d’un mouvement par seconde. Les yeux presque fermés, concentrez votre attention sur l’espace entre les mains. Maintenez ce mouvement régulier et conscient pendant 6 minutes.


2. Sans interruption, maintenez le mouvement et le rythme, mais centrez désormais votre regard sur le bout du nez. Continuez ainsi pendant 3 minutes.

3. Sans interruption, maintenez le mouvement et le rythme, le regard toujours sur le bout du nez, mais dite maintenant hare à chaque mouvement de bras1. Continuez ainsi pendant 4 minutes2.

4. Posez calmement les mains l’une dans l’autre sur le giron. Fermez les yeux, et soyez parfaitement stable et immobile. Installez-vous dans le silence absolu et dans la non-existence. Délaissez toute pensée, toute association, toute identification. Pendant quelques instants, oubliez qui vous êtes. Méditez profondément ainsi pendant 6 minutes.

5. Pour terminer, inspirez profondément et tendez les bras à la verticale au-dessus de la tête, en étirant le dos. Maintenez les bras en l’air en expirant, puis inspirez profondément et pivotez le buste, la tête et les épaules vers la gauche: étirez-vous. Puis expirez en revenant au centre, inspirez profondément en pivotant vers la droite: étirez-vous. Puis revenez au centre, expirez et détendez la posture. 

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Pour pratiquer ce mantra correctement, veillez à bien expirer le h de chaque har (la langue française ne connaît pas ce son) : ainsi, votre nābhī sera impliqué. Mais ne rentrez pas le nombril avec vigueur: il ne s’agit pas d’y ancrer le mantra de force. Au contraire, chantez chaque har de façon qu’il commence au nābhī mais se termine dans le centre du cœur. À la façon de l’italien ou de l’espagnol, roulez les r, la langue contre le palais. Pour ce faire, ne bougez pas la mâchoire pour rapprocher la langue du palais, mais gardez la même ouverture de bouche: c’est la langue qui se soulève pour aller cherche le contact avec le palais. Et, très important, faites suivre le r d’une très légère voyelle (un e ouvert): hare.

Enseignant cette pratique en 1994 à un public anglophone, Yogi Bhajan a fait répéter thou, qui signifie « toi, tu » dans le vocabulaire anglais biblique puis shakespearien. Il me semble que cette méditation gagne en justesse, en pertinence et en universalité en répétant plutôt har.




lundi 15 janvier 2024

Sodarshan Chakra Kriyā

Sodarshan Chakra Kriyā

une méditation sur l'Infini


Le souffle pénètre par le canal lunaire, il est retenu dans le canal central, 
puis va dans par le canal solaire ; seize offrandes sont ainsi faites.
Sans force : la force est brisée. Immobile : l'instable est stabilisé. 
Ici, l’informe prend forme, et l’imbuvable est bu.
L'esprit primordial, source de toute manifestation, est exposé : 
grâce à toi, la vision de la dualité se résout dans l'union. 
J'adore cela qui est digne d'être adoré. J'ai foi en cela qui est digne de foi. 
Comme l'eau dans l'eau, je suis absorbé.
Jaidev dit : Jaidev médite, amoureusement absorbé dans le nirvāna de la Conscience Créatrice.

Chant composé dans le rāg Mārū par le saint poète Jaidev (13e siècle)


Sodarshan Chakra Kriyā est une pratique méditative puissante et vraiment transformatrice. Elle aide à consolider notre identité et à éliminer les tensions entre les différents éléments de notre personnalité. Elle nous donne la force d’éliminer les illusions et nous fait mieux percevoir la réalité. La pratique de Sodarshan Chakra Kriyā élargit notre horizon mental. Elle nous ouvre à de nouvelles perspectives, et nous inspire le courage de les embrasser. C’est une méditation sur Vāhegurū, et sur l’Infini. 

Pratiquer Sodarshan Chakra Kriyā

Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit et le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Concentrez votre regard sur le bout du nez à travers les paupières closes. Posez la main gauche en giān mudra sur le genou gauche, la paume vers l’avant et vers le haut. 

Dans cette posture, fermez la narine droite avec le pouce de la main droite, et inspirez lentement et profondément par la narine gauche. Suspendez le souffle, posez calmement la main droite en giān mudra sur le genou droit et, les poumons pleins (antar kumbakh), récitez mentalement le mantra vāhegurū 16 fois. Sur les syllabes , he et , pompez le nombril, c’est-à-dire rentrez l’abdomen vers l’intérieur et un peu vers le haut, puis détendez-le. Ces mouvements de pompage n’ont pas besoin d’être intenses et profonds, mais ils s’enchaînent à un rythme régulier et relativement rapide, car il faut tenir le temps de réciter 16 fois le mantra, en pompant le nombril trois fois à chaque répétition. Avec l’expérience, vous trouverez le rythme qui vous convient, assez rapide pour ne pas vous essouffler en rétention de souffle, et assez lent pour synchroniser la projection du mantra et le mouvement du nombril sans confusion.

Puis fermez la narine gauche avec le petit doigt de la main droite, et expirez calmement et profondément par la narine droite. Inspirez à nouveau par la narine gauche et recommencez.

Continuez ainsi pendant 11 minutes. Dans le cadre d’une sādhanā, augmentez le temps de pratique de quelques minutes par jour, jusqu’à 31 minutes. Une pratique plus engagée peut aller jusqu’à 62 minutes, voire 2h30 dans le cadre d’une expérience collective notamment.

Pour terminer, inspirez par les deux narines, suspendez le souffle poumons pleins pendant 10 à 30 secondes, puis expirez calmement. Tendez les bras au-dessus de la tête, et secouez les bras, les épaules et le haut du dos pendant quelques instants. Puis posez les bras, et reposez-vous dans une attitude méditative pendant quelques minutes, appréciant les effets intérieurs de votre pratique.

Le mantra vāhegurū

Sodarshan Chakra Kriyā est une méditation sur le mantra vāhegurū. Elle en donne une expérience fondamentale, et nous permet de comprendre intimement ce qu’il exprime. C’est pourquoi il est fondamental de bien prononcer ce mantra, même mentalement.

Il importe de bien distinguer les syllabes courtes des syllabes longues : (longue), he (courte) gu (courte) et (longue).

Le mot vāhegurū est dit trikutī, « à trois accents ». Le premier est mis sur , le second sur he, et le troisième sur (et non sur gu) : vā-hegu-rū. Ce sont les trois accents sur lesquels on pompe le nombril, ce qui donne à cette méditation un rythme ternaire (à trois temps, « 1, 2, 3 », comme une valse).

Le v des langues nord-indiennes est dit « spirant », c’est-à-dire un peu plus léger et moins insistant que le v du français (dit « fricatif ») : la bouche s’ouvre, et la syllabe débute, immédiatement après le léger contact entre les incisives supérieures et la lèvre inférieure. Alors qu’en français, ce contact est plus ferme et plus long. Mais il s’agit bien de la consonne v : , et non ou ouā

Pendant les phases d’expiration et d’inspiration, ne vous laissez pas distraire, mais continuez de méditer : restez concentré·e, et maintenez la vibration du mantra.

Il n’est pas recommandé d’écouter une plage musicale du mantra vāhegurū pour accompagner votre pratique, y compris celles qui ont été enregistrée à cette intention. Apprenez à projeter le mantra par vous-même, pour en faire une expérience méditative vraiment personnelle et pour gagner en autonomie et en singularité… ce qui est précisément l’objectif de cette méditation ! 

Sachez toutefois que la version chantée par Dev Suroop Kaur du Nārāyan Shabd (Nām Niranjan Nīr Narāiṇ) convient particulièrement pour accompagner la pratique de Sodarshan Chakra Kriyā. Elle est chantée sur un rythme ternaire, tout à fait adapté. Et le sens de ce texte, associé à la profonde originalité musicale de cette version, est cohérent avec l’expérience d’expansion que suscite cette méditation.




mardi 9 janvier 2024

Les résolutions négatives


C’est le moment des bonnes résolutions ! Cette tradition est un peu comme celle de la galette des rois : sans doute avons-nous jusqu’au 15 ou au 20 janvier pour l’honorer. Tant que nous sommes dans l’écho des fêtes de fin d’année. Avant que 2024 devienne un environnement familier, que l’année soit lancée pour de bon.

Notons d’abord que notre calendrier est assez peu « naturel » : même si ce début d’année a indirectement à voir avec le solstice d’hiver, il est purement conventionnel, produit d’une histoire politique, religieuse et scientifique longue et complexe, où le hasard et les considérations pragmatiques ont joué un rôle important. 

Il y a néanmoins quelque chose à saisir en ce début d’année : un renouveau, une ouverture, un élan. On a en tête ce que l’on sait de l’année à venir : les anniversaires, les échéances, les changements attendus au niveau individuel, mais aussi les événements familiaux voire, à une autre échelle, collectifs. On peut ainsi prévoir, c’est-à-dire voir de loin. Ce n’est donc pas une mauvaise idée d’accompagner le passage du temps de sa propre volonté, sa propre motivation. Un peu comme sur un canot qui descend une rivière : on peut certes se laisser porter par le courant, on arrivera bien à destination. Mais on peut aussi anticiper le mouvement. Pour garder un cap, se donner le sentiment de participer à ce qui nous arrive. Ne serait-ce que pour choisir quelle rive on aimerait voir de plus près. C’est pourquoi les « bonnes résolutions » ont du sens. Mais lesquelles ?

Nous avons toutes et tous l’expérience de résolutions que l’on ne tient pas au-delà du mois de janvier. Dès le 2 janvier, les allées toulousaines étaient pleines de nouveaux coureurs, reconnaissables à leurs tenues toutes neuves. Couront-ils toujours en février ? Il en va de même pour les salles de gym, qui connaissent bien ce boom des inscriptions en début d’année, suivi peu après de la fréquentation ordinaire du reste de l’année. En fait, ces résolutions ne sont guère plus que des vœux pieux : des projections positives de soi, sans doute intéressantes, mais difficiles à mettre en œuvre. Car elles exigent d’ajouter quelque chose à nos vies déjà bien remplies. Elles nous demandent d’en faire plus, à nous qui en faisons déjà trop. 

C’est ici que nous intéresse la pensée de Nassim N. Taleb, penseur et essayiste, auteur de la série littéraire Incerto*. Taleb est un spécialiste de la via negativa de la pensée antique : éliminer ce qui est toxique, se tenir à distance de ce qui est hostile, se prémunir de tout danger raisonnable, anticiper ce qui est rare mais dévastateur (le concept de « cygne noir » dont il est l’auteur). Et se réjouir de tout le reste, se laisser surprendre, explorer, découvrir. Jouer avec les heureux et surprenants effets du hasard. Se permettre d’être dans le flux de la vie, dès lors que, intelligemment et dans la mesure du possible, on s’est mis à l’abri de ce que la vie apporte de plus désagréable. 

C’est pourquoi Taleb recommandait en 2013 de privilégier les bonnes résolutions « négatives » : s’engager à cesser de faire certaines choses, à rompre avec des habitudes qui nous desservent, à éviter des attitudes néfastes, etc. Car « faire » et « ne pas faire » ne sont pas symétriques en termes de coût : il est généralement beaucoup plus facile de cesser de faire quelque chose que de faire quelque chose de nouveau. Il est moins coûteux de s’abstenir, de passer son chemin, de ne pas s’engager dans une voie connue (pour les ennuis auxquelles elle nous conduit), que de s’engager dans une voie nouvelle. 

Lorsque l’on cesse, on peut même récupérer une énergie qui ne servira plus à faire, un peu comme une voiture électrique dont la batterie se recharge au freinage. Cesser de faire, c’est, en général, récupérer du temps, de l’argent, de la vitalité, de l’espace mental… autant de choses précieuses mais parfois mal investies. 

Et puis les résolutions positives « verrouillent » quelque chose en nous. Il y a comme une envie de devenir quelqu’un d’autre (comme si une telle chose était possible ou souhaitable). Mais les résolutions négatives, elles, nous dégagent de ce qui nous encombre et nous empêche de mettre en œuvre ce qui nous anime en profondeur. 

Avec le temps, je commence à réaliser qu’en ce qui me concerne, mes aspirations, mes goûts, mon imaginaire, ce qui m’émeut et me fait aimer la vie… sont à peu près les mêmes depuis des années. Mais je ne les ai pas toujours honorés, occupé que j’étais à… faire autre chose. À ajouter des injonctions, des projections, des exigences, des objectifs d’autant plus ambitieux qu’ils n’étaient pas les miens. Autant de chemins à prendre, d’horizons à atteindre, et de choses à faire. Et moins de temps et d’énergie à consacrer à ce qui, en moi, est naturellement présent. Or pas besoin de résolution pour ces bonnes choses-là : pas besoin de me promettre de les installer dans ma vie ou de m’y consacrer. Elles sont déjà là. Il me suffit juste de cesser de faire le reste. Voilà donc ma bonne résolution pour 2024 !

Je vous souhaite, à toutes et tous, une belle et heureuse année.

Ram Singh

*  Le Hasard sauvage (2005), Le Cygne Noir (2007), Le Lit de Procuste (2010), Antifragile (2014) et Jouer sa peau (2017)

mercredi 6 mai 2020

L'offrande du jeune brahmane



Un brahmane officiait quotidiennement dans le petit temple dont il avait la charge. Aux heures prescrites par la tradition, il récitait les textes sacrés, brûlait de l'encens, sonnait la cloche et procédait au puja, la cérémonie de l'offrande au dieu. Pour cela, il faisait venir de très loin une certaine sorte de laddu, petites friandises dont les dieux sont, parait-il, particulièrement friands. Il déposait les laddu devant la murti, la statue du dieu, et comme cela se fait dans les temples, tirait un rideau devant la divinité, pour la laisser consommer son offrande tranquillement. 

Puis, le dieu s'étant nourri de l'essence subtile de l'offrande, le brahmane redistribuait les friandises bénies à l'assemblée. Mais il en manquait toujours une ou deux, et il paraissait à tous que le dieu consommait effectivement son offrande ; c'était là une chose rarissime, un vrai miracle. Les foules se pressaient pour assister au repas du dieu, et le brahmane passait pour un saint.

Or il advint qu'il dut s'absenter pour quelque pèlerinage. Il appela donc son fils et lui dit : « Tu n'es pas encore adulte, mais c'est pour bientôt. Et puis tu es un brahmane comme moi. Tu m'as vu officier tous les jours, et je pense que tu sauras parfaitement me remplacer au service du dieu. » Il vérifia que son fils connaissait bien l'ordre de la cérémonie, lui fit réciter les hymnes sacrés sans y déceler la moindre erreur, et quitta le temple en toute confiance.


Le lendemain, à l'heure prescrite, le jeune brahmane se présenta devant la divinité. Il récita les textes saints, brûla de l'encens, sonna la cloche et présenta humblement les laddu au dieu. Puis il tira le rideau et attendit quelques instants. Mais le dieu n'avait pas touché à son offrande. L'enfant était troublé : « Sans doute ai-je fait une erreur, pensait-il. Je vais recommencer avec plus d'attention, plus de ferveur. » 

Et après s'être rituellement purifié, il reprit toute la cérémonie, chantant avec plus de dévotion, offrant son cœur au dieu à chaque mot, dans chaque geste. Mais cette fois encore, le dieu ne daigna pas toucher l'offrande. 

Pris de panique en voyant son offrande à nouveau refusée, craignant d'avoir déplu au dieu, il se purifia à nouveau, et recommença. Cette fois-ci, il se confondit en dévotion, chantant les hymnes avec une telle humilité et un tel amour, que les murs du temple et toute l'assemblée des fidèles en tremblaient d'émotion. Mais la statue du dieu ne bougea pas plus qu'avant. 

Alors le jeune brahmane fondit en larme, déchira sa tunique de désespoir, se couvrit le visage de cendres, et se frappa la tête sur le sol, au pied du dieu. « Je t'en supplie, accepte mon offrande, criait-il. J'y ai mis toute mon âme, tout ce que mon cœur peut contenir d'amour ! Je ne peux pas te donner plus, je t'ai déjà tout donné ! Je t'en supplie ! Je mourrai à tes pieds s'il le faut ! Tiens, je te donne à nouveau ma tête, mon corps tout entier, et mon esprit, et toutes mes incarnations futures, mais accepte mon offrande ! » 

Alors, au milieu de tout ce tapage, on entendit une voix, forte et douce pareille à celle des dieux, qui dit : « D'accord, d'accord, j'accepte ton offrande ! Mais je t'en supplie, petit, cesse donc de pleurer ainsi ! » Et le jeune brahmane vit la statue du dieu descendre de son socle, prendre un laddu et le porter à sa bouche !

Le père revint de son pèlerinage, et on lui conta l'aventure. Sceptique, il interrogea son fils, qui lui raconta comment, en effet, la divinité avait mangé un laddu. « Elle a daigné accepter mon offrande, comme elle daigne chaque jour accepter la tienne, ô père. » 

Mais le père, fondant en larmes, tomba à genoux : « Mon fils ! Ô mon fils ! C'est là un vrai miracle ! Tu es béni par le dieu lui-même ! Car ce que tu ne sais pas, confessa-t-il, c'est que le dieu n'a jamais mangé le moindre laddu de mon offrande. C'est moi qui en suis particulièrement friand, et j'ai pris l'habitude d'en dérober discrètement un ou deux chaque fois que je tire le rideau sur la divinité... »

Que votre dévotion soit si intense et si pure qu'elle mette en mouvement ce qui ordinairement ne bouge pas. Qu'elle soit telle qu'elle mette en mouvement l'Univers. Et que le Divin ne puisse la refuser. 

lundi 6 avril 2020

Méditation pour se connecter à son « système auto-sensoriel »


« Techniquement parlant, nous ne faisons pas confiance à la grandeur du Divin. Et ainsi, nous limitons notre capacité. Vous n’êtes pas en relation à l'âme des autres, vous n’êtes en relation qu’avec le physique. Or le physique est trompeur. C'est pourquoi nos relations sont vraiment limitées. Il n'y a pas de trahison possible pour une personne sensorielle. Lorsqu'une personne sensorielle contrôle ses sens et ses projets à partir de son système sensoriel, elle peut comprendre où elle va. C'est l'un des systèmes les plus authentiques qui soit.
L’être humain sensoriel est un individu positif. Où qu'il habite, il a autour de lui tout ce qu’il y a de plus positif. Ses relations sont fluides. Il va fluidement avec la volonté de Dieu. Il flotte.
Nous avons une méditation pour cela. Maintenant, vous allez devenir des gens de l'ère du Verseau. » -Yogi Bhajan, 21 août 2000

Asseyez-vous en posture confortable : les jambes croisées, le dos droit. Rentrez légèrement le menton pour aligner la nuque, détendez les épaules et dégagez la poitrine. 

Dans cette posture, faites une forme de triangle avec vos bras, devant votre poitrine : les bras parallèles au sol à la hauteur du cœur devant vous, posez la main droite sur la main gauche, les paumes vers le bas. Ensemble, les bras et les mains forment un triangle qui pointe vers l’avant

Fermez les yeux presque complètement, et posez votre regard sur le bout de votre nez pour maintenir votre concentration.

Dans cette posture, mettez vos lèvres en 'o', et inspirez par la bouche, comme pour « boire » l’air. Remplissez totalement votre poitrine, puis expirez par le nez. Faites cela de façon stable et confortable. La respiration doit être très longue, régulière et automatique. Maintenez le triangle de vos bras et gardez la colonne vertébrale droite.  Participez activement, avec engagement et courage. C’est le moment de consolider vos sens et de vous réaliser.

Continuez ainsi jusqu'à 31 minutes.

« Voyez-vous, vous pouvez toujours changer les choses. Non pas de l'extérieur, mais de l'intérieur, de vous-mêmes. Mais vous ne comprenez pas. Il y a la Terre, et l’Univers tout entier : nous sommes très interactifs, très vastes. Et lorsque nous commençons à faire ces exercices, nous commençons à ressentir ce système. » -Yogi Bhajan

La crise de l'identité et le système « auto-sensoriel »

L'Ère du Verseau et le sens de l’identité


L’entrée progressive dans l’Ère du Verseau met à mal notre sens de l’identité. Ce qui contribuait à définir notre identité jusqu'à présent - genre, statut social, origine ethnique, culture et système de croyances - suffit de moins en moins à nous dire qui nous sommes, à nous le faire ressentir. D'une certaine façon, ces éléments extérieurs nous disaient dès le départ, dès la naissance, qui nous étions. Ils nous fournissaient un récit « clé en main » justifiant notre existence et notre place dans l’Univers. Et faute de récit alternatif, cette justification était absolue, rarement remise en question (à l’échelle de l’individu en tous cas). 

Or la rencontre des peuples, la confrontation de leurs croyances et des leurs récits, le changement d’échelle du village au « village global », la « mondialisation » ont fait perdre à ces récits leur statut d’absolu: ils se sont révélés relatifs. Ce qui était vrai, assez en tous cas pour calmer notre angoisse existentielle, ne l’est plu suffisamment. Il nous faut repartir en quête de l’absolu, d’un sens absolument vrai, de notre identité. Faute de quoi nous nous effondrons, car l’être humain a besoin d’identité.

L'évolution et l’angoisse existentielle


Le lignée du genre Homo

L’être humain est doué de conscience; suffisamment de conscience pour prendre conscience de lui-même (ça, certains animaux en sont capables), mais plus encore: une conscience réflexive, une « conscience d’avoir conscience ». Or la conscience que l’être humain a de lui-même s’accompagne d’un questionnement existentiel permanent, d’une angoisse même, quant à son identité et sa place dans l’Univers. Individuellement, nous avons besoin, impérativement et désespérément besoin, d’un sens de notre identité. Sans cela, nul être humain, nulle société, ne peut survivre, continuer d’exister, prospérer et se projeter dans l’avenir. 

Car sur le long chemin de l’évolution et du développement de la conscience, la première chose dont nous avons pris conscience justement, c’est notre petitesse dans ce vaste univers, notre fragilité par rapport au monde qui nous entoure; la précarité de notre condition et de ce qui justifie notre existence. 

L’Homo Sapiens est issu des primates les plus faibles et les moins spécialisés de la forêt africaine. Et son évolution s’est faite à coup d’accidents évolutifs, d’adaptations opportunistes et forcées à des changements brutaux (climatiques notamment). Ce qui faisait la faiblesse de nos ancêtres hominidés (leur manque de spécialisation) s’est révélé être une force (la capacité à s’adapter, la polyvalence, la plasticité du cerveau…). Car chaque fois qu’une des lignées du genre Homo s’est trop spécialisée, elle s’est éteinte. 

Nos ancêtres ont toujours su s’adapter. Mais cette adaptation s’est faite non pas par le haut, mais par le bas: en restant cachés, en faisant profil bas, en se faisant ignorer. En mangeant ce qui reste et ce dont les autres ne veulent pas. En se maintenant en mouvement, apprenant à renoncer aux meilleures places. En dormant peu, et d’un sommeil angoissé. En comptant sur le groupe parfois, en ne comptant que sur soi-même ailleurs. En prenant parti de leur position des plus humbles sur la chaîne alimentaire; en actant  de leur relative insignifiance sur l’échelle de priorités de la nature et du Cosmos.

Trace de son évolution, Homo Sapiens a bien conscience qu’il est arrivé là un peu par hasard, comme par miracle, par un enchaînement improbable de circonstances; par rien, ou presque, qui dépende positivement de lui. Nous n’avons fait que nous adapter par le bas. 

C’est pourquoi nous sommes des créatures ontologiquement portées vers la question « Qui suis-je » et ses corollaires: « Pourquoi suis-je ? D'où viens-je ? Où sont mes racines, mon ancrage ? Quelle intention transcendante a voulu mon existence ? Suis-je légitime à être ? Cette légitimité à exister est-elle stable ? Qu’est-ce qui la garantit ? Qu’est-ce qui peut m’assurer que ce qui a voulu que j’existe ne changera pas d’avis ? Etc. » 

Portés à la transcendance


Le serpent Wagyl, personnage du Temps du Rêve, mythe fondateur des cultures aborigènes d'Australie.

Ce questionnement est une des raisons qui explique que l’être humain est naturellement tourné vers le Cosmos, la transcendance, le mystère du vaste ciel étoilé, comme possible sol où plongent ses racines. Car si ce n’est pas là, dans cette volonté, suprême et toute-puissante, que notre existence trouve son origine, alors nous n’avons pas d’ancrage: livrés à nous-mêmes, illégitimes car issus d’un hasard capricieux, et propres à être éliminés du jour au lendemain. Perspective des plus déprimantes, et sur laquelle rien ne peut s’appuyer. 

D'où la tendance naturelle, et observée partout, des sociétés humaines à s’appuyer sur des mythes de la création. Autant de récits qui nous donnent la certitude d’avoir une légitimité, une raison d’être. Jusqu'à très récemment, ces mythes étaient gravés dans notre psyché au travers: ces récits fondateurs étaient non seulement dit, mais régulièrement « joués », mis en gestes, en mouvement, en paroles, en chants, en musique, en respirations, en émotions… encodés dans notre système neurochimique lors de cérémonies et rites de passages qui les donnaient à vivre et à revivre. Vrais, car expérimentés, vécus intimement en chacun-e. Et vécus à nouveau l’année suivante, au prochain solstice, ou à la prochaine naissance, car il fallait en permanence réactiver le récit fondateur pour combattre les assauts insistants, le travail de sape, du doute existentiel. 

Ces mythes devinrent des systèmes de croyances, des formes d’adoration (pour se concilier l’appui des forces supérieures) et, plus tard, des religions voire des systèmes politiques. Discutables mais d’une relative efficacité… jusqu'à ce qu’ils soient radicalement remis en question.

La « sensitivité à soi » pour redéfinir son identité


Au contact de soi.

La transition actuelle vers l’Ère du Verseau constitue un profond changement de paradigme, qui vient fragiliser un sens de l’identité déjà précaire par nature. Elle accentue notre questionnement qui, immanquablement, se transforme une crise existentielle profonde. Et les crises de ce type, chez un être humain, se manifestent principalement par une anxiété sans solution, sans réponse, glissant lentement mais sûrement vers la dépression. 

La nature collective et progressive de cette dégradation la rend difficilement perceptible au niveau individuel. C’est pourquoi Yogi Bhajan a qualifié cette dépression de « froide »: une perte graduelle de sa sensitivité personnelle, du contact intime avec soi (et avec les autres), de sa capacité à ressentir quoique ce soit de significatif.

Or la sensitivité est précisément la clé du problème: car lorsqu'on ne trouve plus autour de soi de quoi confirmer sa propre identité, c’est vers l’intérieur qu’il faut se tourner, pour trouver en soi le ressenti de sa propre existence, seule réponse valable à la question « qui suis-je ». Le « système auto-sensoriel », tel que Yogi Bhajan l’appelé, est une utilisation particulière de son système sensoriel et, au-delà, de sa sensitivité. Si celui-ci est ordinairement tourné vers l’extérieur pour nous relier au monde qui nous entoure, on peut aussi le tourner vers soi-même, pour se relier à soi-même. C’est la même sensitivité qui est à l’œuvre: il s’agit juste de la condenser et de la diriger vers l’intérieur. Tout comme la lumière blanche, diffuse et rayonnant dans toutes les directions, peut être rassemblée en un rayon cohérent (le laser).

Une réponse intelligente à la crise existentielle actuelle consistera donc à stimuler sa sensitivité, celle-là même que l’on voudrait éteindre pour ressentir moins d’angoisse et de doute. Et utiliser sa sensitivité pour faire l’expérience de « j’existe ». Une expérience dynamique, mouvante, vivante, de sa propre identité; et non une définition statique, intellectuelle, extérieure, de soi-même. É-motionnelle plus que mentale (c’est pourquoi Yogi Bhajan parle de l’importance d’avoir un « noyau émotionnel » pour définir son identité). Ressentie à force d’être parcourue et expérimentée, et non définie « une bonne fois pour toutes » (pour ne plus avoir à y revenir). Un récit qui se passe de symboles; un récit sans images, pour être plus direct, plus authentique. Une identité non pas formulée dans sa tête, mais ressentie dans son propre cœur.
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Yogi Bhajan a enseigné quelques pratiques méditatives spécifiques pour stimuler le système auto-sensoriel. En voici une

lundi 16 mars 2020

Méditation de guérison



« Tout ce que vous avez à faire, c'est envoyer un message ou trouver le moyen d'établir une communication entre le mental et le corps de la personne malade. Le mental doit être en paix, de sorte que le corps puisse jouer son rôle. C'est là le seul traitement. Le corps se soigne lui-même. La médecine lui permet d’atteindre cet espace où la guérison peut avoir lieu. » -Yogi Bhajan

Un mantra pour la santé et la guérison



Selon l’approche yoguique, la maladie est d’abord une déconnexion entre soi et l’Univers. C’est une perte de contact, qui limite ou interrompt le flux d’énergie prānique entre l’individu et le Cosmos dont il est issu et qui le nourrit en permanence.


Le mantra ra ma dha sa sa se so han vise, par le pouvoir combiné du nād (la vibration) et du shabd (le Verbe créateur), à restaurer ce flux, pour rétablir la santé.

Les quatre premières syllabes invoquent le macrocosme (le niveau universel et impersonnel):

  • La syllabe ra invoque le Soleil, source de création, sa lumière et son énergie positive.
  • La syllabe ma invoque la Lune, les qualités maternelles et son énergie apaisante.
  • La syllabe da (ou dha) se réfère à la Terre : sa grande stabilité, l’ancrage, l'espace où l'on s'incarne dans le temps et l’espace.
  • La syllabe sa évoque la totalité, la conscience du Tout.


Les quatre dernières syllabes renvoient au microcosme (le niveau individuel et personnel, soi-même):

  • Combinées ainsi, sa et se invoquent à nouveau la vastitude de la totalité, sa nature infinie.
  • Enfin, so han nous identifie personnellement à ce qui vient d’être invoqué: « je suis cela ». Cette identification est d’autant mieux ressentie et installée dans notre psyché que l’on rentre le nombril sur la syllabe han.

En combinant ainsi les plans individuels et universels, le mantra donne à chaque cellule de votre corps la conviction qu’elle n’est jamais déconnectée de la Conscience Universelle, et que celle-ci est toujours disponible pour l’informer, la nourrir et la soutenir.

Pratiquer la méditation de guérison


Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. Les yeux sont presque fermés.

Placez les coudes confortablement contre les côtes. Ouvrez les avant-bras vers l'extérieur, à un angle de 45 degrés: les bras et les mains ne sont tendus ni vers l’avant ni vers les côtés, mais entre les deux. Pliez les coudes aux maximum, mais sans tension, pour rapprocher les poignets des épaules. Les paumes sont bien à plat, tournées vers le ciel, les poignets fléchis, les doigts joints et tendus. Gardez consciemment les mains à plat durant la méditation, ne laissez pas le mudra devenir mou et imprécis.

Dans cette posture, chantez le mantra suivant :


ra ma da sa sa se so han

La syllabe han rime avec « présent » : une simple nasalisation, sans consonne g à la fin (ce n’est pas hang comme dans le mot « mangue »). Chantez le mantra complet sur une inspiration, sans reprendre votre souffle. Rentrez le nombril sur la syllabe han. Puis inspirez profondément et répétez. Articulez consciemment et faites vibrer chaque syllabe, et ressentez-en la résonance dans la bouche et la cavité nasale. Concentrer votre mental sur la combinaison  et la permutation de ces syllabes, et ce qu’elles invoquent.

Chantez ainsi pendant 11 à 31 min.

Pour terminer, inspirez profondément garder le souffle poumons pleins: écouter le nād, le flux vibratoire du mantra, et ressentez-le dans chacune de vos cellules, y apportant la lumière, la guérison et la certitude qu’elles sont d’essence divine, jamais séparées de la source créatrice infinie. Par la puissance du son et du verbe, persuadez-en chaque cellule, chaque fibre de votre corps. Puis expirez.

Inspirez à nouveau et gardez le souffle: adressez maintenant cette prière de guérison à votre entourage, votre famille, les gens que vous aimez et qui vous aiment. Cela peut être une personne en particulier. Visualisez ces individus en pleine santé, rayonnants, heureux. Tenez pour eux cet espace de guérison. Expirez.

Enfin, inspirez, gardez le souffle, et tenez cet espace de guérison pour toutes les créatures, tous les êtres des plans connus et inconnus. Ressentez le monde, et l’Univers tout entier, parcourus d’un formidable flux d’énergie de paix, d’amour infini et de guérison. Expirez et détendez la posture.


« Il n'y a personne qui ne soit pas un guérisseur. Dieu vous a donné, en vous, un système complet de guérison. Vous vous guérissez vous-même. Les médecins diagnostiquent, les herbes soignent, et Dieu guérit. » -Yogi Bhajan

Crise sanitaire : 40 jours de méditation de guérison


Pendant la crise sanitaire du Covid-19, la communauté de Dharamsal se mobilise, avec 40 jours de méditation de guérison.

Tous les jours du 17 mars au 25 avril au moins, à l'heure de votre choix, pendant 11 à 31 minutes, pratiquez cette méditation pour votre équilibre physique et mental, votre vitalité, votre pouvoir de guérison et d'auto-guérison, et votre capacité à tenir un espace de paix et de foi, pour vous-même et pour les autres.

Et deux fois par semaine, les mardis et vendredis de 19h à 19h30, pratiquez cette méditation en live et en musique sur internet avec Gururavi Kaur et Ram Singh.

C'est gratuit et ouvert à tou-te-s! Les enfants sont les bienvenus. Ecrivez-nous - info(à)dharamsal.fr - pour obtenir le lien de connexion.


dimanche 12 janvier 2020

Cinq méditations pour la « période grise »



La Période Grise


Nous sommes actuellement dans la période de transition qui sépare « l'Ère des Poissons », que nous quittons, de celle dite « du Verseau » dans laquelle nous entrons. Les grands changements civilisationnels de ce types s'accompagnent généralement d'une « période grise » (gray period), selon les termes de Yogi Bhajan: une génération de flou, marquée par l'incertitude, le doute, le manque de repères. 

L'angoisse existentielle génère une forme de dépression dite « froide »: on continue de fonctionner sur la base de paramètres que l'on sait, que l'on sent, dépassés. On perçoit l'obsolescence de nos modes de raisonnement et la vanité de nos modes d'action, mais on ne sait pas encore faire autrement. On mesure ce que l'on perd, on perçoit ce qui n'est plus, on se lamente sur la disparition des valeurs qui prévalaient. Mais on manque de l'intuition et de la sensitivité nécessaires pour accueillir le monde nouveau qui prend forme. On s'attache à ce qui meurt, faute de s'identifier à ce qui naît. Selon Yogi Bhajan, cette période d’incertitude devrait durer jusqu'en 2038, avant que l’esprit de discipline et d’intégrité prenne le relai.

Au-delà de l’espoir, ou des discours rassurants ou angoissants sur l’avenir, au-delà des démarches politiques, sociales, économiques et environnementales porteuses d’avenir, la véritable clé de notre avenir est la capacité individuelle et collective à mettre à jour notre conscience pour l’adapter aux paramètres de ce nouvel âge. Et pour cela, nous disposons de l’outil idéal: la méditation.

En septembre 1975, Yogi Bhajan a enseigné une série de cinq méditations pour traverser cette période grise avec grâce et dignité, sans baisser les bras, sans se laisser emporter par les vagues d’angoisse de cette transition, sans perdre le contact avec le soi authentique.

1. Méditation pour un mental serein et des nerfs solides


Cette méditation calme et équilibre le mental, développe la patience, et renforce le système nerveux. Elle est particulièrement recommandée pour se prémunir de l'irrationalité, et pour apprendre à rester calme dans les situations qui nous confrontent.

Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. Les yeux sont presque fermés.

Pour les hommes: posez la main gauche sur le giron, en buddhi mudra: les bouts du pouce et du petit doigt se touchent, les autres doigts sont tendus. Levez la main droite au niveau de l'oreille, paume vers l'avant, en surya mudra: les bouts du pouce et de l'annulaire se touchent, les autres doigts sont tendus vers le haut. 

Pour les femmes, c'est l'inverse: posez la main droite sur le giron, en buddhi mudra: les bouts du pouce et du petit doigt se touchent, les autres doigts sont tendus. Levez la main gauche au niveau de l'oreille, paume vers l'avant, en surya mudra: les bouts du pouce et de l'annulaire se touchent, les autres doigts sont tendus vers le haut.

Dans tous les cas, faites en sorte que les ongles des doigts ne se touchent pas.

Dans cette posture, respirez longuement et profondément, pendant 11 minutes. Jour après jour, vous pouvez  augmenter le temps de pratique jusqu'à 31 minutes.

Pour terminer, inspirez profondément, puis expirez. Levez les mains au dessus de la tête, doigts écartés, et secouez vigoureusement les bras et les mains pendant au moins une minute. Puis détendez-vous.

2. Méditation pour le confort intérieur et la satisfaction


Cette méditation vous fera vous sentir à l’aise et satisfait. Elle contribue à équilibrer le cerveau en renforçant votre capacité intérieure d'être en permanence en contact avec votre soi supérieur.

Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. 

Pour les femmes: connectez le bout du pouce et du majeur de la main gauche, et la bout du pouce et de l’auriculaire de la main droite, sans que les ongles ne se touchent. 

Pour les hommes, c’est l’inverse: connectez le bout du pouce et du majeur de la main droite, et la bout du pouce et de l’auriculaire de la main gauche, sans que les ongles ne se touchent. 

Détendez les épaules, et maintenez les mains devant la poitrine sans la toucher, distantes d’une vingtaine de centimètres, les doigts pointant vers l'avant.

Dans cette posture, détendez les paupières, et fermez les yeux presque complètement. Respirez longuement et profondément, et méditez ainsi pendant 11 minutes.

Pour terminer, inspirez profondément, serrez les poings des deux mains pendant quelques secondes, puis expirez et détendez la posture.

3. Khalsa Mūl Mantra 


Pratiquez cette méditation pour recharger votre aura, pour rayonner, pour avoir une mine radieuse et freiner les effets du vieillissement. 

Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. Posez les mains en giān mudra sur les genoux: les bouts des pouces et des index se touchent; les autres doigts sont tendus, les paumes vers l’avant.

Dans cette posture, chantez le mūl mantra en prolongeant les syllabes longues pour vider les poumons (sauf sur kartā purkh et jap):

inspirez profondément par le nez;

ik ong kār 
inspirez profondément par le nez; 

sat nām 
inspirez profondément par le nez; 

kartā purkh
expirez, puis inspirez profondément par le nez;

nirbhao 
inspirez profondément par le nez;

nirvēr 
inspirez profondément par le nez;

akāl mūrat 
inspirez profondément par le nez;

ajūnī
inspirez profondément par le nez;

sēbhang
inspirez profondément par le nez;

gurprasād 
inspirez profondément par le nez;

jap
expirez, puis inspirez profondément par le nez;

ād sach
en vidant complètement les poumons sur le son chhh, puis inspirez profondément par le nez

jugād sach
en vidant complètement les poumons sur le son chhh,puis inspirez profondément par le nez 

hē bhī sach
en vidant complètement les poumons sur le son chhh, puis inspirez profondément par le nez 

nānak hosī bhī sach
en vidant complètement les poumons sur le son chhh, inspirez profondément par le nez pour recommencer.

Chaque inspiration est complète, et chaque phrase doit utiliser toute la respiration. Les quatre dernières phrases se terminent par le souffle libéré par la bouche sur le son chhh comme le son d'un serpent sifflant. C'est sur cette précision que reposent les effets de cette méditation.

Continuez ainsi pendant un minimum de 11 minutes. Puis, jour après jour, augmentez le temps de pratique jusqu'à 31 minutes.

Avec suffisamment d'expérience, vous pourrez même aller jusqu'à 11 cycles entiers (soit un temps de pratique entre 45 minutes et une heure).

Pour terminer, inspirez profondément, suspendez le souffle pendant quelques secondes, puis expirez et détendez la posture.

Pour extraire les effets de cette méditation et en profiter au mieux, pratiquez quotidiennement pendant 40 jours. 

4. Méditation pour la vivacité d’esprit


Confrontés à des circonstances inhabituelles, anormales ou que nous ne comprenons pas, notre réaction est souvent la même: stress, peur, panique, confusion, repli sur soi, agressivité… Mais nous pouvons répondre plutôt que réagir: cette méditation aide à développer l’attitude, la présence et les réponses adaptées à de telles circonstances, en neutralisant la partie centrale du cerveau et stimulant notre vivacité d’esprit. 

Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. Amenez la main gauche devant le haut de la poitrine, sans la toucher, la paume bien plate, tournée vers le côté. Faites « marcher » l'index et le majeur de la main droite: remonter le long de l’axe central de la paume gauche, entre le centre de la main jusqu'au bout du majeur et de l'annulaire, et puis descendez à reculons.

Détendez les paupières, et fermez les yeux presque complètement, et continuez ainsi, lentement et avec une forte pression sur la paume. Traversez la gêne, voire la douleur, ainsi occasionnée. Continuez pendant 11 minutes.

Pour terminer, inspirez profondément, suspendez le souffle pendant quelques secondes, puis expirez et détendez la posture.

5. Méditation à faire quand rien d'autre ne fonctionne


Quand vous êtes à bout de nerfs, au bout du rouleau; quand vous ne savez pas quoi faire, quand rien d'autre ne fonctionne… cette méditation est efficace! 

Asseyez-vous en posture confortable, les jambes croisées. Étirez la colonne vertébrale, maintenez le dos droit, et rentrez légèrement le menton. 

Entrelacez les doigts en arrière. Détendez les épaules, placez ce mudra à la hauteur de centre de la poitrine sans la toucher, les paumes vers le haut, les doigts tendus, les pouces tendus vers l’avant.

Dans cette posture, détendez les paupières, et fermez les yeux presque complètement. Chantez le Gurū Gaitri Mantra:

gobinde mukande udāre apāre 
harīang karīang nrināme akāme

« qui soutient, qui libère, qui nourrit, infini, 
destructeur, créateur, sans nom, sans désir »

Chantez le plus vite possible, jusqu'à ce que les mots soient à peine discernables. Laissez votre chant se transformer en un flux sonore continu.

Commencez par 11 minutes. Puis, jour après jour, augmentez le temps de pratique jusqu'à un maximum de 31 minutes.

Pour terminer, inspirez profondément, suspendez le souffle pendant quelques secondes, puis expirez et détendez la posture.



lundi 4 novembre 2019

Prānāyāma pour équilibrer l'énergie mental


« Dans les pays occidentaux, le yoga concerne uniquement les muscles du corps et tout cela avec un peu de méditation. En réalité, le processus consiste à enseigner aux gens prānāyāma et pratyāhāra. Et l’élément fondamental que nous devons apprendre et acquérir de nous-mêmes est pratyāhāra: comment se synchroniser avec le Vide. Nous devrions être en mesure de nous réduire à zéro. Et là, nous avons le pouvoir. Zéro peut tout multiplier, et ramène tout à zéro. » Yogi Bhajan

Prānāyāma, pratyāhāra et méditation


Le mental connait de nombreux états et étapes. Il génère constamment les ondes de pensée dont vous avez besoin pour que vous et votre cerveau puissiez être en relation au monde. Normalement, les gens enseignent aux méditations de restreindre le flux de la pensée. Or vous ne pouvez pas empêcher les pensées d'être produites, mais vous pouvez modifier votre relation avec elles de manière sélective.

La plupart des méditations vous mènent à l'état de suspension ou de vide. Quelques-uns vous apprennent même à atteindre l'état de pratyāhāra, l’absorption. Concentrer la méditation du mental sur cet état précis : voilà le travail de ce prānāyāma.

Comment pratiquer


Assis en posture confortable, la colonne vertébrale droite, le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Les paupières presque fermées, concentrez votre regard sur ājnā, entre les sourcils.

1. Dans cette posture, fermez la narine droite avec l’index droit (ou « doigt de Jupiter »). Inspirez profondément par la narine gauche. Puis suspendez la respiration pendant 45 secondes. Enfin, avec le même doigt, fermez la narine gauche, et expirez par la narine droite en quatre étapes.

Continuez ainsi pendant 3 à 4 min.

2. Pratiquez la même séquence respiratoire, en expirant cette fois, toujours par la narine droite, mais en huit étapes.
Continuez ainsi pendant 10 min.

Puis inspirez profondément par les deux narines, suspendez le souffle pendant quelques secondes, puis expirez et détendez-vous.

jeudi 5 septembre 2019

Série de Kundalini Yoga pour le Cœur


«Ne haïssez personne, aimez tout le monde. Cela ne vous coûtera rien. L'amour ne coûte jamais rien. L'amour est l'acte le plus égoïste. Cela vous donne tant de protection, de grâce et de rayonnement ! Cela ne vous donne aucune petitesse ni souffrance. L'attitude de la vie consciente est d'aimer et de donner grâce à quelqu'un digne de votre confiance. Ne cherchez rien des gens. Donnez plutôt de l'amour et comptez sur Dieu. »  Yogi Bhajan
Le quatrième chakra est le chakra du Cœur, ou Centre du Cœur. Il s'appelle anahata, et représente l'ouverture  aux ressentis, à la compassion et à la capacité d'aimer. Au cœur de ce chakra, il n'y a pas de conflit. Le Ciel et la Terre sont en équilibre. La compassion centrée sur le cœur est universelle et inconditionnelle.

Voici une série de Kundalini Yoga, enseignée par Yogi Bhajan dans les années 1969-1970, qui agit sur anahata. Elle stimule l'énergie dans les trois premiers chakras et la canaliser et l'élever jusqu'au Centre du Cœur.

1. Courrez sur place en pendant 1 min face à chaque direction : 1 min vers le nord, 1 min vers l'est, etc.










2. Assis les jambes tendues devant vous, sautez sur place en soulevant le corps avec les mains. 1 à 2 min







3. Kundalini Lotus : en équilibre sur les fesses, attrapez vos gros orteils et tendez les jambes. Gardez le dos droit, dégagez la poitrine, et respirez longuement et profondément pendant 2 à 3 min






4. Balade à dos de chameau : 
a) Assis en posture confortable, jambes croisées. Agrippez fermement les chevilles. Inspirez en ouvrant la poitrine et en creusant le dos, expirez en faisant le dos rond. Continuez pendant 2 à 3 min
b) Continuez le mouvement en inspirant sur 5 mouvements et expirant sur 5 mouvements, 2 à 3 min






5. La Grenouille : accroupi, les talons soulevés et en contact, les doigts sur sol, les bras tendus entre les jambes. Inspirez en levant les fesses et baissant la tête pour regarder les genoux, toujours sur la pointe des pieds. Expirez en retournant dans la posture initiale, le regard droit devant et les talons toujours en contact. Faites cela 54 fois







6. Posture du chameau : assis sur les talons, les paumes des mains sur les plantes des pieds. Soulevez le bassin, les cuisses perpendiculaires au sol et la tête en arrière. Poussez le bassin vers l’avant. Pratiquez la respiration du feu pendant 1 min








7. Posture de la chaise : accroupi, passez les bras à l'intérieur des cuisses et à l'extérieur des mollets. Les mains sur les pieds, regardez devant vous. Respirez longuement et profondément pendant 1 min. Puis pratiquez la respiration du feu 1 min. Pour terminer, inspirez, expirez et appliquez le mul bandh








8. Posture de Maha Shakti : assis jambes tendues devant soi, penchez le tronc en arrière, en appui sur les mains, les bras tendus et le dos droit. Levez les jambes tendues en maintenant la jambe gauche plus haute que la droite. Pratiquez la respiration du feu pendant 2 min




9. Posture d'étirement (stretch pose): allongé sur le dos, levez les jambes et les bras à 15 cm au dessus du sol, soulevez la tête et le haut de la poitrine, et regardez vos orteils. Maintenez cette posture en pratiquant la respiration du feu pendant 2 min

10. Ballade à dos de chameau : pratiquez l’exercice 4, mais assis sur les talons. Faites cela 108 fois










11. Le chat-vache : sur les genoux et les mains, les bras et les cuisses verticales, inspirez en creusant le dos et en soulevant le haut de la poitrine et la tête, expirez en faisant le dos rond, la tête entre les bras. Faites cela 108 fois






12. Assis sur les talons, les mains en fermeture de Venus (doigts croisés) sur la nuque, faites des flexions de la colonne vertébrale. Sur l'inspiration, creusez le dos en tirant les coudes vers l'arrière, expirez en faisant le dos rond et en rapprochant les coudes vers l’avant. Faites cela 108 fois




13. Allongé sur le dos, soulevez la poitrine vers le haut. Maintenez cette tension dans la poitrine, et concentrez-vous sur le Centre du Cœur pendant 2 à 3 min

14. Allongé sur le dos, levez les bras à la verticale. Respirez longuement et profondément  pendant 1 min. Puis inspirez, et expirez en baissant les bras et en défaisant toutes les tensions de la poitrine.

15. Allongé sur le dos, couvrez-vous et relaxez-vous profondément pendant 5 à 10 minutes.






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