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jeudi 5 septembre 2019

Série de Kundalini Yoga pour le Cœur


«Ne haïssez personne, aimez tout le monde. Cela ne vous coûtera rien. L'amour ne coûte jamais rien. L'amour est l'acte le plus égoïste. Cela vous donne tant de protection, de grâce et de rayonnement ! Cela ne vous donne aucune petitesse ni souffrance. L'attitude de la vie consciente est d'aimer et de donner grâce à quelqu'un digne de votre confiance. Ne cherchez rien des gens. Donnez plutôt de l'amour et comptez sur Dieu. »  Yogi Bhajan
Le quatrième chakra est le chakra du Cœur, ou Centre du Cœur. Il s'appelle anahata, et représente l'ouverture  aux ressentis, à la compassion et à la capacité d'aimer. Au cœur de ce chakra, il n'y a pas de conflit. Le Ciel et la Terre sont en équilibre. La compassion centrée sur le cœur est universelle et inconditionnelle.

Voici une série de Kundalini Yoga, enseignée par Yogi Bhajan dans les années 1969-1970, qui agit sur anahata. Elle stimule l'énergie dans les trois premiers chakras et la canaliser et l'élever jusqu'au Centre du Cœur.

1. Courrez sur place en pendant 1 min face à chaque direction : 1 min vers le nord, 1 min vers l'est, etc.










2. Assis les jambes tendues devant vous, sautez sur place en soulevant le corps avec les mains. 1 à 2 min. 







3. Kundalini Lotus : en équilibre sur les fesses, attrapez vos gros orteils et tendez les jambes. Gardez le dos droit, dégagez la poitrine, et respirez longuement et profondément pendant 2 à 3 min. 






4. Balade à dos de chameau : 
a) Assis en posture confortable, jambes croisées. Agrippez fermement les chevilles. Inspirez en ouvrant la poitrine et en creusant le dos, expirez en faisant le dos rond. Continuez pendant 2 à 3 min. 
b) Continuez le mouvement en inspirant sur 5 mouvements et expirant sur 5 mouvements, 2 à 3 min. 






5. La Grenouille : accroupi, les talons soulevés et en contact, les doigts sur sol, les bras tendus entre les jambes. Inspirez en levant les fesses et baissant la tête pour regarder les genoux, toujours sur la pointe des pieds. Expirez en retournant dans la posture initiale, le regard droit devant et les talons toujours en contact. Faites cela 54 fois. 







6. Posture du chameau : assis sur les talons, les paumes des mains sur les plantes des pieds. Soulevez le bassin, les cuisses perpendiculaires au sol et la tête en arrière. Poussez le bassin vers l’avant. Pratiquez la respiration du feu pendant 1 min. 








7. Posture de la chaise : accroupi, passez les bras à l'intérieur des cuisses et à l'extérieur des mollets. Les mains sur les pieds, regardez devant vous. Respirez longuement et profondément pendant 1 min. Puis pratiquez la respiration du feu 1 min. Pour terminer, inspirez, expirez et appliquez le mul bandh. 








8. Posture de Maha Shakti : assis jambes tendues devant soi, penchez le tronc en arrière, en appui sur les mains, les bras tendus et le dos droit. Levez les jambes tendues en maintenant la jambe gauche plus haute que la droite. Pratiquez la respiration du feu pendant 2 min. 




9. Posture d'étirement (stretch pose): allongé sur le dos, levez les jambes et les bras à 15 cm au dessus du sol, soulevez la tête et le haut de la poitrine, et regardez vos orteils. Maintenez cette posture en pratiquant la respiration du feu pendant 2 min. 

10. Ballade à dos de chameau : pratiquez l’exercice 4, mais assis sur les talons. Faites cela 108 fois. 










11. Le chat-vache : sur les genoux et les mains, les bras et les cuisses verticales, inspirez en creusant le dos et en soulevant le haut de la poitrine et la tête, expirez en faisant le dos rond, la tête entre les bras. Faites cela 108 fois. 






12. Assis sur les talons, les mains en fermeture de Venus (doigts croisés) sur la nuque, faites des flexions de la colonne vertébrale. Sur l'inspiration, creusez le dos en tirant les coudes vers l'arrière, expirez en faisant le dos rond et en rapprochant les coudes vers l’avant. Faites cela 108 fois. 




13. Allongé sur le dos, soulevez la poitrine vers le haut. Maintenez cette tension dans la poitrine, et concentrez-vous sur le Centre du Cœur pendant 2 à 3 min. 

14. Allongé sur le dos, levez les bras à la verticale. Respirez longuement et profondément  pendant 1 min. Puis inspirez, et expirez en baissant les bras et en défaisant toutes les tensions de la poitrine.

15. Allongé sur le dos, couvrez-vous et relaxez-vous profondément pendant 5 à 10 minutes.






mardi 11 septembre 2018

Méditation pour stimuler Bharosa: la confiance et la foi

Méditation pour stimuler Bharosa: 

la confiance et la foi


Une vertu essentielle


Progressivement, nous entrons dans cette nouvelle maturité de la conscience humaine qu'est l'Âge du Verseau. Mais la période de transition s'accompagne de profonds bouleversements sociétaux, environnementaux, politiques, économiques, psychologiques ou encore spirituels. À de nombreux égards, nous vivons une période de profondes remises en question des fondamentaux de nos sociétés, de nos définitions même de ce qui fait l'humain. En perte de repères, nombreux sont ceux qui manquent de références qui puissent stabiliser leur conscience et donner du sens à leur existence. Et individuellement aussi bien que collectivement, on est comme figés par l'hésitation, le doute et la peur.

La clé réside sans doute dans notre capacité à retrouver confiance : confiance en soi-même, confiance en notre humanité résiliente et créative, confiance en la force et en l'intelligence de nos communautés, confiance en notre destinée collective. Et au-delà, foi en la Conscience Universelle, en la perfection de ses desseins, et en l'indéfectible soutien qu'elle apporte à ce qu'elle manifeste.

Gurū Gobind Singh,
modèle de foi et de courage
Le mot indien bharosa exprime bien les valeurs de confiance et de foi. Il dérive du sanskrit bharvāsa : « habiter pleinement, demeurer complètement », se fier entièrement, se reposer tout à fait sur quelque chose ou quelqu'un.

Bharosa est un élément essentiel dans le processus de transformation et d’éveil de notre conscience. Sans lui, aucune vertu ne peut s’incarner durablement et nous servir. Sans confiance dans la Conscience Universelle qui soutient tous les êtres et qui est notre ultime destinée, on peut difficilement maintenir notre discipline, et l’on risque de baisser les bras au moment précis où le fruit de nos efforts et de notre prière arrive à portée de main. La foi donne de la constance, de la consistance et de l’ancrage à notre personnalité, autant de vertus essentielles pour cristalliser notre vrai Soi, la lumière de notre existence .

Méditation pour stimuler bharosa


La pratique de cette méditation affecte les centres de notre personnalité et y stimule bharosa. La posture ouvre le centre psychique du Cœur, par lequel on se connecte au noyau de son propre soi, source de toute stabilité. C'est par le Cœur que l'on se sent légitime à exister et à prospérer, que l'on se sent aimé en tant que créature de Dieu. 

La posture des bras ouvre également la Ligne d'Arc : le halo autour de la tête, l'espace de clarté mentale et de perception subtile. On a naturellement peur de ce que l'on ne connaît pas, de ce qui demeure mystérieux à notre compréhension limitée ou à notre espace de familiarité. On perçoit cet inconnu, mais autant qu'il nous fascine, il nous effraie. On lui prête des intentions dont le caractère hostile et destructeur n'est que le reflet de notre propre négativité subconsciente. C'est comme marcher dans une forêt la nuit et imaginer toutes sortes de monstres prêts à nous assaillir, alors qu'on est entouré en réalité que d'inoffensives créatures qui nous semblent insignifiantes en plein jour.

L'Inconnu a ses propres mystères, dont il est dit qu'il ne sont révélés qu'aux plus grandes consciences. Néanmoins, ne pas le connaître entièrement n'est pas une raison pour lui prêter des desseins agressifs. Car cet Inconnu est notre source, nous sommes issus de son mystère. Peut-être nous aime-t-il en secret, et souhaite-t-il notre bien. Il est dit que l'inconnu, pour inconnaissable qu'il soit, est disposé à interagir. On peut parler à la Conscience Universelle, on peut s'adresser à elle en prière, depuis notre Cœur. Et, à sa façon, elle honore cette interaction, elle répond. 

C'est par la combinaison entre la Ligne d'Arc – les antennes – et le Cœur – le poste de réception – que l'on peut nourrir une interaction créatrice avec le Divin Inconnaissable, et percevoir ne serait-ce qu'une parcelle de sa volonté. Et c'est dans le cœur que cette volonté peut rencontre la notre et s'y unir.  

À la Ligne d'Arc et au Cœur s'ajoute le mantra wāhegurū qui invoque l'Intelligence Universelle, la Lumière qui efface toute obscurité. Cette combinaison stimule notre Corps Radiant et génère en nous un courage à toute épreuve, à la fois humble et royal.

La confiance est la clé de l'amour. La confiance est la clé du bonheur. La confiance est la clé de la dignité, de la divinité et de la grâce. La confiance est le phénomène le plus vital et essentiel de toute vie humaine.
La confiance, c'est l'expérience de sa propre âme. Mais vous, vous n'avez pas confiance en votre propre esprit. Vous ne croyez que votre persévérance. Vous n'avez pas confiance en votre âme. C'est pourquoi vous vous sentez si limités. Lorsque l'on vous dit d'avoir confiance en quelque chose, vous explosez. Vous voulez faire l'expérience de la vie à travers la logique et la raison. Et, excusez-moi, mais vous voulez faire l'expérience à travers vos émotions et vos commotions. En quoique vous vouliez avoir confiance, sachez que la confiance dans sa forme la plus pure, est une identité en elle-même, avec sa propre grâce. C'est pourquoi [dans l'Ardas, la prière des Sikhs], on demande au Gurū de nous donner la confiance:
visāh dān, bhrosā dān, dānān sir dān, nām dān
« Donne-nous la grâce d’une foi inébranlable et d’une confiance sans pareille ; et, suprême bénédiction, accorde-nous le Nām. »
-Yogi Bhajan

Comment pratiquer cette méditation


Asseyez-vous en posture confortable : les jambes croisées, le dos droit. Amenez les mains à une vingtaine de centimètres au dessus de la tête, paumes vers le bas. Les hommes poseront la paume droite sur le dos de la main gauche, tandis que les femmes poseront la paume gauche sur le dos de la main droite. Les pouces pointent vers l’arrière, et leurs extrémités se touchent. Formez ainsi, avec les bras et les mains, un cercle harmonieux autour de la tête. Rentrez légèrement le menton pour aligner la nuque, détendez les épaules et dégagez la poitrine pour ouvrir le centre du Cœur. Fermez les yeux presque complètement, et posez votre regard sur la lèvre supérieure.

Dans cette posture, chantez le mantra wāhegurū. Chantez-le à voix basse, en articulant chaque syllabe (wā-he-gurū), sur un ton monocorde et de la manière la plus méditative qui soit. Continuez ainsi pendant 11 minutes.

Pratiquez cette méditation pendant 11 minutes chaque jour pendant une ou deux semaines. Puis augmentez la durée de pratique d’une minute par jour jusqu’à une durée maximale de 31 minutes.

mercredi 14 octobre 2015

Tapa, la chaleur de la Transformation

« Tapa signifie « chaleur » : c’est la chaleur divine qui consume entièrement le karma. » Yogi Bhajan
Lorsque j’étais petit, à Lomé (Togo), j’aimais bien accompagner ma mère à son cours de Kundalini Yoga. J’étais toujours très impressionné par l’ambiance : une pièce surchauffée - (du Hot Yoga avant l’heure !), pleine de jeunes gens assidus se soumettant aux pratiques les plus engagées, le visage crispé par l’effort et la concentration, transpirant à grosses gouttes. Les étudiants avaient lu le manuel Self Knowledge (traduit en français sous le titre « Humanologie ») : certains croquaient des gousses d’ail crues pour stimuler l’énergie avant de longues séances de Sat Kriya. Tout cela contrastait fortement avec le calme qui régnait pendant la relaxation, et avec la profondeur de la méditation qui suivait.

Plus tard, j’ai retrouvé cette impression très particulière pendant le Yoga Festival, avec ces longues après-midi de Tantra Blanc dans la chaleur estivale de la Touraine, où l’on guette le moindre coup de vent comme la divine récompense de ses efforts. Et puis il y eu ce séjour à Vrindavan, en Inde. Visitant un temple dédié à Krishna, je fus frappé par ces fidèles, de jeunes hommes occidentaux pour la plupart, qui chantaient leur dévotion à pleins poumons, avec cymbales et percussions, assis pendant des heures sur des dalles de marbre, sous un soleil écrasant et dans une chaleur absolument effroyable. Il me sembla que la chaleur faisait encore une fois partie du processus. J’appris plus tard que c’est précisément ce que l’on appelle tapa : la chaleur nécessaire à toute transformation.

Qu’est-ce que tapa ?

En sanskrit, tapa signifie littéralement « chaleur » (via le latin tepidus, ce mot partage la même racine indo-européenne que le mot « tiède »). On trouve aussi tap (dans le Gurū Granth Sahib) et tapas (notamment dans les Yoga Sutra de Patanjali), qui signifient la même chose.

L’un des premiers sens du mot tapa désigne la chaleur de la gestation, de l’incubation et de la couvaison. C’est aussi bien la chaleur du ventre de la mère que celle de l’oiseau qui couve ses œufs ; c’est la chaleur du printemps qui permet aux graines de germer, celle de la chrysalide dans son cocon, et celle dont ont besoin levures et bactéries pour se multiplier (pour faire du yaourt, par exemple). Tapa peut aussi prendre le sens de « fièvre » : c’est l’élévation de la température corporelle que notre organisme produit pour stimuler la production des globules blancs et activer les défenses immunitaires. En somme, c’est la chaleur nécessaire à tout processus de métamorphose, de transformation biologique. 

Cela s’applique aussi à la chimie : on parle alors « d’énergie d’activation ». En cuisine, c’est  la chaleur contrôlée qui permet de cuire les aliments. Le feu de l’alambic, qui permet la distillation de la matière brute en l’alcool le plus pur ou en l’huile essentielle la plus fine, en est une autre forme. Tapa, c’est la chaleur de la transformation alchimique qui transmute le plomb en or. Et si l’on admet que cette matière vile, ce plomb des plus grossiers, représente nos instincts, et que l’essence, ou l’or, que l’on récolte à l’issue du processus de transformation, symbolise notre conscience la plus haute, alors on parle bien ici de l’éveil de la Kundalini, le long de cette colonne de distillation qu’est sushumna ; et cet éveil ne peut se faire sans tapa.

Tapa dans la philosophie du Yoga
« Lorsque vous êtes en colère, on parle de tapa, car il y a de la chaleur dans votre colère. Alors ce que pratiquent tous ces grands Yogis, vous le pratiquez aussi ! Mais vous, vous le faites sans le savoir, alors qu’eux savent tout à fait ce qu’ils font ; c’est juste une question de conscience. » Yogi Bhajan 
Selon la philosophie du Yoga, tapa s’entend comme « chaleur psychique » plutôt que corporelle : sinon, pratiquer devant son radiateur suffirait ! C’est la chaleur à laquelle on soumet son propre mental, pour l’extraire de sa nature la plus grossière, les instincts, et l’élever vers ses plus hautes aspirations : l’intelligence universelle. 

Ce feu existe en nous. De même que le fumier qui fermente s’élève en température, nos déchets subconscients qui s’amoncèlent produisent une chaleur qui nous consume à petit feu. « Quelque chose est en train de cuire », disait Yogi Bhajan à un élève dont il sentait la colère et le ressentiment s’accumuler. Là sans doute sont les fameuses poudres auxquelles une étincelle suffit à mettre le feu. Alors quitte à ce que cette chaleur se manifeste, autant qu’elle soit sous notre contrôle, comme le cuisinier garde un œil vigilant sur la flamme de son fourneau. « Cuire cela plutôt que cela nous cuise », pourrait-on dire. Ainsi, la juste application de tapa permet de générer un feu intérieur purificateur qui consume les toxines, élimine les impuretés, en somme, qui « brûle » la négativité et le karma.

Ainsi tapa peut prendre le sens général « d’ardeur spirituelle ». Cette ardeur se manifeste dans l’intensité de la pratique : c’est toute la ferveur spirituelle que l’on y met. C’est l’engagement, la résolution, mais aussi l’enthousiasme que l’on entend appliquer à un chemin qui vise à consumer l’égo. Tapa désigne donc l’effort intense de sa pratique spirituelle, mais aussi les conséquences psychiques de cet effort, la transformation personnelle qui en résulte. C’est pourquoi on peut aussi traduire tapa par « discipline spirituelle » ou encore « ascèse ». Dans l’Ashtang Yoga (les « huits membres du Yoga »), Pantanjali fait de tapa le troisième des niyama, les cinq « observances essentielles ». C’est une des clés du progrès spirituel, et nombreuses sont les mythologies qui décrivent combien les dieux eux-mêmes sont impressionnés par le tapa dont peuvent faire preuve les sages, les saintes et les héros.

Tapa et Kundalini Yoga
« Effectuez ce nettoyage total par un formidable effort du soi. Créez ce feu qui s’appelle tapa ; ce feu est le pouvoir qui peut éveiller votre Kundalini et consumer les blocages et tous schémas de votre cerveau. » Yogi Bhajan (à propos de Sodarshan Chakra Kriya)
L’efficacité du Kundalini Yoga repose, entre autres, sur une juste application de tapa. Cette « chaleur psychique », selon les mots de Yogi Bhajan, est à la base de l’éveil de la Kundalini : elle résulte de la combinaison, au niveau du centre ombilical, de prāna vāyu et d’apāna vāyu ; puis ce tapa descend au niveau du premier chakra et éveille la Kundalini qui s’y trouve lovée. 

On trouve donc tapa dans toutes les pratiques toniques et engagées dont le Kundalini Yoga a le secret, au point que de nombreux débutants, mais aussi nombre de pratiquants confirmés résument le Kundalini Yoga à cette seule intensité.

Or il ne faut pas confondre tapa et l’éveil de la conscience : si tapa est un moyen, la conscience est le but. C’est limiter le Kundalini Yoga, c’est restreindre la noblesse de ses objectifs et la richesse de ses moyens, que de l’associer systématiquement aux manifestations extérieures de tapa : plus vite, plus fort, plus longtemps, plus loin… mais pas vraiment plus haut ni plus vaste. L’égo, tel une baudruche, a vite fait de se gonfler à cette chaleur-là.

Alors si le but n’est pas tapa lui-même, mais la transformation qu’il permet, tapa doit s’accompagner d’une intention. La pratique seule, même avec beaucoup de tapa, ne suffit pas ; elle peut même se révéler néfaste en stimulant l’égo. Yogi Bhajan a toujours précisé l’intention qui sous-tend chaque kriya et chaque méditation, en général dans une longue introduction, ou encore dans le nom même de cette pratique. C’est donc dans les limites de la conscience de cette intention, et avec la plus grande précision, que tapa s’applique ; tapa ne saurait devenir un but en soi, sans quoi l’égo-mental s’en empare pour son propre compte, faute d’intention qui le transcende. Ce tapa-là peut certes impressionner les dieux, mais en aucun cas les tromper pour de bon…

Pratiquer tapa

Toute pratique tonique et engagée génère tapa, c'est-à-dire que l’ardeur de notre kriya est communiquée, via le système nerveux, au mental. C’est dans cette chaleur que la transformation du mental s’effectue, que les éléments de la personnalité sont raffinés, que les fausses identifications sont dissoutes, et que la graine de l’identité vraie, sat nām, commence à germer dans le terreau de notre conscience.

Si notre pratique est trop pauvre en tapa (irrégulière, peu intense, en somme, en deçà de l’intensité que l’on pourrait honnêtement lui donner), alors rien ou presque n’est vraiment  stimulé. Cette chaleur se dissipe avant d’avoir pu impacter notre psychisme. C’est juste un bon moment de temps en temps, mais rien de réellement transformateur.

Trop de tapa, en revanche, a pour effet de choquer le système nerveux, voire de le consumer, comme le ferait un courant électrique trop puissant traversant un circuit qui n’est pas calibré pour cela. Cela peut affecter durablement les structures psychiques et déstabiliser la personnalité. Le système nerveux a besoin de se calibrer progressivement. En outre, trop de tapa peut venir compenser un manque d’intention…

Enfin ce que l’on pourrait appeler un mauvais type de tapa - un kriya inapproprié, une méditation qui ne correspond pas à nos besoins - produit trop peu de résultat, car il n’impacte pas notre mental là où il le faudrait. De sorte que l’on se décourage (et l’on ne génère pas assez de tapa), ou alors on « augmente les doses » (et l’on génère trop de tapa). En général, cela vient d’un manque de clarté dans ses intentions, ou d’une guidance inappropriée.

Quelques pratiques pour faire l’expérience de tapa


Lorsque l’on parle de chaleur, on pense naturellement à la respiration du feu. C’est en effet un très bonne pratique pour stimuler tapa, seule ou associée à des postures toniques telles que l’éradicateur de l’égo ou la stretch pose. Les nabhi kriya vont également générer cette chaleur psychique ; cela a du sens dans la mesure où le centre du nombril correspond au troisième chakra et à l’élément Feu. Mais, on l’a dit, tout kriya ou méditation particulièrement intensive nous fera faire l’expérience de tapa : notre attitude compte aussi.

Mentionnons aussi les méditations intenses qui sollicitent les bras et qui font transpirer, telles la « méditation pour guérir les corps physique, mental et spirituel », la « méditation pour conquérir la douleur », celle pour « se débarrasser de la peur et de personnalités fragmentées ». Je pense aussi au Bowing Jāp Sāhib, et évidemment à Tap Yog Karam Kriya (on notera l’expression karam kriya, « processus de transformation du karma [en dharma] »). Quant à Sodarshan Chakra Kriya, elle est explicitement mentionnée comme stimulant tapa pour brûler le karma.

Enfin, l’un des plus sûrs moyens de générer tapa, c’est japa, la répétition d’un mantra. Yogi Bhajan en précise ainsi la séquence : « Japa génère tapa ; tapa brûle le karma, et le karma, une fois consumé, crée le dharma. Et dans ce dharma règnent la bonté et la compassion en lesquelles Dieu demeure. » Ainsi, nombre de méditations particulièrement intenses ont recours au japa d’un mantra que l’on répète de façon monocorde et auto-hypnotique. 

Je repense à la chaleur étouffante du centre de Kundalini Yoga de Lomé, aux dévots de Krishna brûlant leur karma au soleil de l’Inde, et aux longues heures passées à chanter Hammī Ham Brahm Ham en transpirant sous la big top. Et je me dis qu’en fin de compte il ne s’agissait pas de la chaleur des tropiques ni de celle du Yoga Festival, mais bien de celle, plus humble mais bien plus formidable, qu’un être humain peut produire de lui-même au service de sa transformation et de son élévation :
« Allumez le feu de la droiture, irradiez de la lumière du Nām et de la vérité, et saisissez dans votre cœur la formidable chaleur du soleil » Yogi Bhajan
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Initialement paru dans Sat Nam Infos,
actualité en ligne de la Fédération Française de Kundalini Yoga
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