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mardi 13 février 2024

Rompre la transe hypnotique du mental

Selon certaines écoles de sagesse indiennes (yogas tantriques, bouddhisme, Sikhī…), le mental humain est comme pris au piège d’une transe hypnotique appelée mohāvasthā, ou « mode dominé par moha », moha désignant la fascination. Le mental se comporte comme un spectateur devant un prestidigitateur : il reste fixé sur ce qui attire son attention, tout en ignorant tout le reste, notamment ce qui compte vraiment. L’imagination, la créativité, la perspicacité, le discernement, la perception de soi, la réflexion fertile… sont ainsi appauvris, inhibés, l’espace du mental étant tout entier dédié à l’objet de sa fascination. Et le temps passe ainsi, la conscience se maintenant en permanence dans un état de distraction et de confusion, non dénué cependant d’un ravissement naïf et stérile. Le Yoga, dans son ambition d’éveiller les êtres à la liberté et la pleine autonomie, d’émanciper leur conscience et de les mener à la réalité du soi, vise notamment à extraire le mental de cet état de transe. 

Dans cette fameuse scène du Livre de la Jungle dans l’adaptation de Walt Disney, Mowgli est hypnotisé par Kaa, serpent monstrueux au regard fascinant qui lui chante « Aie confianssssse… » Le garçon perd alors toute conscience de lui-même, souriant béatement malgré les dangers auxquels il ne fait désormais plus attention.

Cette méditation repose d’abord sur le mouvement mécanique et rythmé des bras, plus tard accompagné de la répétition rigoureuse du mantra har: des auto-stimuli répétitifs et réguliers, des schémas hautement prédictifs, maintenus suffisamment longtemps pour provoquer une saturation de la vigilance, un « hypercontrôle » qui libère la conscience, lui permet d’intégrer de nouveaux états et permet à d’autres fonctions cognitives de s’exprimer, notamment celles, avancées et complexes, qui sont ordinairement ignorées ou réprimées.  La méditation fait aussi intervenir un verrouillage du regard et de l’attention, qui limite l’errance hypnotique du mental (bhrama). Enfin, la conscience est suffisamment disponible pour que soit invité l’état de shūnya: le silence mental, un espace vide et disponible qui favorise le calme, la perception de nouveaux horizons et une redéfinition du rapport à soi. 

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Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit et le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Maintenez les index tendus, mais refermez les autres doigts en poings, soigneusement verrouillés par les pouces. Les coudes contre la cage thoracique, placez les mains en face l’une de l’autre et distantes entre elles de 20 à 30 cm, à une vingtaine de centimètres de la poitrine. Les index, tendus vers le haut, sont au niveau des clavicules. 


1. À partir des coudes, dépliez légèrement le bras droit, puise ramenez-le devant la poitrine tout en dépliant légèrement le bras gauche.  Maintenez les avant-bras, les mains et les index dans une ferme continuité: il ne devrait y avoir aucune mobilité dans les poignets ni dans les doigts. Bougez ainsi les avant-bras alternativement, dans un mouvement sec et précis, à un rythme régulier, comme une horloge: la cadence est environ d’un mouvement par seconde. Les yeux presque fermés, concentrez votre attention sur l’espace entre les mains. Maintenez ce mouvement régulier et conscient pendant 6 minutes.


2. Sans interruption, maintenez le mouvement et le rythme, mais centrez désormais votre regard sur le bout du nez. Continuez ainsi pendant 3 minutes.

3. Sans interruption, maintenez le mouvement et le rythme, le regard toujours sur le bout du nez, mais dite maintenant hare à chaque mouvement de bras1. Continuez ainsi pendant 4 minutes2.

4. Posez calmement les mains l’une dans l’autre sur le giron. Fermez les yeux, et soyez parfaitement stable et immobile. Installez-vous dans le silence absolu et dans la non-existence. Délaissez toute pensée, toute association, toute identification. Pendant quelques instants, oubliez qui vous êtes. Méditez profondément ainsi pendant 6 minutes.

5. Pour terminer, inspirez profondément et tendez les bras à la verticale au-dessus de la tête, en étirant le dos. Maintenez les bras en l’air en expirant, puis inspirez profondément et pivotez le buste, la tête et les épaules vers la gauche: étirez-vous. Puis expirez en revenant au centre, inspirez profondément en pivotant vers la droite: étirez-vous. Puis revenez au centre, expirez et détendez la posture. 

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1 Pour pratiquer ce mantra correctement, veillez à bien expirer le h de chaque har (la langue française ne connaît pas ce son) : ainsi, votre nābhī sera impliqué. Mais ne rentrez pas le nombril avec vigueur: il ne s’agit pas d’y ancrer le mantra de force. Au contraire, chantez chaque har de façon qu’il commence au nābhī mais se termine dans le centre du cœur. À la façon de l’italien ou de l’espagnol, roulez les r, la langue contre le palais. Pour ce faire, ne bougez pas la mâchoire pour rapprocher la langue du palais, mais gardez la même ouverture de bouche: c’est la langue qui se soulève pour aller cherche le contact avec le palais. Et, très important, faites suivre le r d’une très légère voyelle (un e ouvert): hare.

2 Enseignant cette pratique en 1994 à un public anglophone, Yogi Bhajan a fait répéter thou, qui signifie « toi, tu » dans le vocabulaire anglais biblique puis shakespearien. Il me semble que cette méditation gagne en justesse, en pertinence et en universalité en répétant plutôt har.




lundi 15 janvier 2024

Sodarshan Chakra Kriyā

Sodarshan Chakra Kriyā

une méditation sur l'Infini


Le souffle pénètre par le canal lunaire, il est retenu dans le canal central, 
puis va dans par le canal solaire ; seize offrandes sont ainsi faites.
Sans force : la force est brisée. Immobile : l'instable est stabilisé. 
Ici, l’informe prend forme, et l’imbuvable est bu.
L'esprit primordial, source de toute manifestation, est exposé : 
grâce à toi, la vision de la dualité se résout dans l'union. 
J'adore cela qui est digne d'être adoré. J'ai foi en cela qui est digne de foi. 
Comme l'eau dans l'eau, je suis absorbé.
Jaidev dit : Jaidev médite, amoureusement absorbé dans le nirvāna de la Conscience Créatrice.

Chant composé dans le rāg Mārū par le saint poète Jaidev (13e siècle)


Sodarshan Chakra Kriyā est une pratique méditative puissante et vraiment transformatrice. Elle aide à consolider notre identité et à éliminer les tensions entre les différents éléments de notre personnalité. Elle nous donne la force d’éliminer les illusions et nous fait mieux percevoir la réalité. La pratique de Sodarshan Chakra Kriyā élargit notre horizon mental. Elle nous ouvre à de nouvelles perspectives, et nous inspire le courage de les embrasser. C’est une méditation sur Vāhegurū, et sur l’Infini. 

Pratiquer Sodarshan Chakra Kriyā

Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit et le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Concentrez votre regard sur le bout du nez à travers les paupières closes. Posez la main gauche en giān mudra sur le genou gauche, la paume vers l’avant et vers le haut. 

Dans cette posture, fermez la narine droite avec le pouce de la main droite, et inspirez lentement et profondément par la narine gauche. Suspendez le souffle, posez calmement la main droite en giān mudra sur le genou droit et, les poumons pleins (antar kumbakh), récitez mentalement le mantra vāhegurū 16 fois. Sur les syllabes vā, he et rū, pompez le nombril, c’est-à-dire rentrez l’abdomen vers l’intérieur et un peu vers le haut, puis détendez-le. Ces mouvements de pompage n’ont pas besoin d’être intenses et profonds, mais ils s’enchaînent à un rythme régulier et relativement rapide, car il faut tenir le temps de réciter 16 fois le mantra, en pompant le nombril trois fois à chaque répétition. Avec l’expérience, vous trouverez le rythme qui vous convient, assez rapide pour ne pas vous essouffler en rétention de souffle, et assez lent pour synchroniser la projection du mantra et le mouvement du nombril sans confusion.

Puis fermez la narine gauche avec le petit doigt de la main droite, et expirez calmement et profondément par la narine droite. Inspirez à nouveau par la narine gauche et recommencez.

Continuez ainsi pendant 11 minutes. Dans le cadre d’une sādhanā, augmentez le temps de pratique de quelques minutes par jour, jusqu’à 31 minutes. Une pratique plus engagée peut aller jusqu’à 62 minutes, voire 2h30 dans le cadre d’une expérience collective notamment.

Pour terminer, inspirez par les deux narines, suspendez le souffle poumons pleins pendant 10 à 30 secondes, puis expirez calmement. Tendez les bras au-dessus de la tête, et secouez les bras, les épaules et le haut du dos pendant quelques instants. Puis posez les bras, et reposez-vous dans une attitude méditative pendant quelques minutes, appréciant les effets intérieurs de votre pratique.

Le mantra vāhegurū

Sodarshan Chakra Kriyā est une méditation sur le mantra vāhegurū. Elle en donne une expérience fondamentale, et nous permet de comprendre intimement ce qu’il exprime. C’est pourquoi il est fondamental de bien prononcer ce mantra, même mentalement.

Il importe de bien distinguer les syllabes courtes des syllabes longues : vā (longue), he (courte) gu (courte) et rū (longue).

Le mot vāhegurū est dit trikutī, « à trois accents ». Le premier est mis sur vā, le second sur he, et le troisième sur rū (et non sur gu) : vā-hegu-rū. Ce sont les trois accents sur lesquels on pompe le nombril, ce qui donne à cette méditation un rythme ternaire (à trois temps, « 1, 2, 3 », comme une valse).

Le v des langues nord-indiennes est dit « spirant », c’est-à-dire un peu plus léger et moins insistant que le v du français (dit « fricatif ») : la bouche s’ouvre, et la syllabe débute, immédiatement après le léger contact entre les incisives supérieures et la lèvre inférieure. Alors qu’en français, ce contact est plus ferme et plus long. Mais il s’agit bien de la consonne v : vā, et non wā ou ouā. 

Pendant les phases d’expiration et d’inspiration, ne vous laissez pas distraire, mais continuez de méditer : restez concentré·e, et maintenez la vibration du mantra.

Il n’est pas recommandé d’écouter une plage musicale du mantra vāhegurū pour accompagner votre pratique, y compris celles qui ont été enregistrée à cette intention. Apprenez à projeter le mantra par vous-même, pour en faire une expérience méditative vraiment personnelle et pour gagner en autonomie et en singularité… ce qui est précisément l’objectif de cette méditation ! 

Sachez toutefois que la version chantée par Dev Suroop Kaur du Nārāyan Shabd (Nām Niranjan Nīr Narāiṇ) convient particulièrement pour accompagner la pratique de Sodarshan Chakra Kriyā. Elle est chantée sur un rythme ternaire, tout à fait adapté. Et le sens de ce texte, associé à la profonde originalité musicale de cette version, est cohérent avec l’expérience d’expansion que suscite cette méditation.




mardi 8 janvier 2019

Méditation pour la relaxation et la joie

Le Mental Positif


Le Mental Positif sert à affirmer notre propre valeur, notre propre appréciation, notre respect de soi. Employez-le à présumer du meilleur, même dans le pire des scénarios.
Shiv Charan Singh

C’est le mental positif qui nous permet de faire l’expérience de la joie, de l’enthousiasme et de la créativité. Utilisé à bon escient, il perçoit dans chaque opportunité l’occasion de développer votre potentiel. Tel un fidèle assistant dans l’élaboration d’un projet, il calcule, organise et planifie. C’est aussi le mental positif qui vous dit « oui, c’est possible ! Allons-y ! Tiens-bon ! » lorsque d’autres voix en vous, ou dans votre environnement (votre entourage ou la société dans laquelle vous vivez, par exemple), vous suggèrent de baisser les bras.

La pratique de cette méditation stimule le mental positif, qui est la fonction psychique de l’enthousiasme, de l’expression de la créativité et de la capacité à passer efficacement à l’action. C’est aussi la partie du mental qui ressent la joie et l’exprime. Cette méditation vous aidera à développer la conscience du sens de vos actions : travaillez-vous pour satisfaire votre égo, ou pour répondre à l’appel de votre soi intérieur, de votre âme ?

Yogi Bhajan, lorsqu'il a enseigné cette méditation le 19 février 1979, a précisé qu'elle peut avoir pour effet de vous faire légèrement « planer ». Alors assurez-vous de la pratiquer lorsque vous n’avez pas besoin de faire quoique ce soit de trop important dans les deux heures qui suivent.

Comment pratiquer



Asseyez-vous en posture confortable : les jambes croisées le dos droit, le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. 

Amenez les mains devant le centre de la poitrine. Dans votre main gauche, placez le bout du pouce sur la base de l’auriculaire, et formez le poing autour du pouce. Puis entourez le poing gauche avec les doigts de la main droite, le bout du pouce droit sur la base du pouce gauche. Maintenez ce mudra à une vingtaine de centimètre du centre du cœur (le milieu de la poitrine), mais détendez les épaules ; les coudes sont éloignés de la cage thoracique sans pour autant être à l’horizontale. 

Fermez les yeux presque complètement, et concentrez votre regard sur le bout du nez. 

Dans cette posture, chantez huit fois sur une expiration le mantra harī har : 

harī har | harī har | harī har | harī har
harī har | harī har | harī har | harī har

Chantez rythmiquement et sur un ton monocorde. À chaque répétition de harī et de har, rentrez légèrement le nombril vers l’intérieur. Continuez pendant 11 minutes. Avec de l’habitude, vous pourrez augmentez votre temps de pratique jusqu’à 21 minutes, puis 31 minutes, voire 62 minutes.


lundi 4 septembre 2017

Face au stress, élargir son horizon avec le Kundalini Yoga


Le Kundalini Yoga reconnaît le réseau de relations complexes entre le corps et le mental. Certains systèmes physiologiques, comme le cerveau ou le système glandulaire endocrine, sont au cœur de ces relations qui marient notre physiologie et notre psychologie pour le meilleur… et pour le pire !

Ainsi, le stress est généralement défini comme un état de tension psychologique et émotionnelle qui nous fait perdre nos repères et notre ancrage en soi, générant perte de confiance, anxiété, conflits, surexcitation stérile ou apathie, et rétrécissement de notre horizon personnel.

Tout comme la philosophie antique, qui a construit le mot « angoisse » à partir d’une racine qui signifie « étroit », le Kundalini Yoga s’intéresse particulièrement à cette notion de rétrécissement du soi. En effet, lorsque nous sommes pris par le temps, mis face à des défis qui nous semblent plus grands que nos capacités, ou encore placés dans une situation dont nous ne contrôlons pas les paramètres, nous nous sentons en danger d’écrasement, d’étouffement.

Mais ce qui nous submerge à ce moment, ce ne sont pas les événements, aussi difficiles qu’ils soient : en fait, nous nous noyons dans nos propres émotions. C’est notre réaction émotionnelle, instinctive et incontrôlée, qui nous dépasse. Notre biochimie est déstabilisée, et beaucoup de notre énergie personnelle est consommée en vain par un système glandulaire qui tourne en surrégime, générant de l’excitation (pour consumer les hormones dans l’action) et de l’épuisement. D’où, à terme, une perte de vitalité (et un éventuel recours à des stimulants addictifs). Mais sans énergie désormais, comment affronter efficacement les défis qui, eux, n’ont pas évolués ? Car que l’on soit stressé ou non, une urgence professionnelle, un embouteillage au mauvais moment, un enfant malade, un vol annulé, une inondation ou une panne informatique restent ce qu’ils sont : des circonstances pénibles que notre propre stress ne contribue pas à faire évoluer favorablement, bien au contraire.

Les enseignements du Kundalini Yoga sont particulièrement pragmatiques et réalistes : on ne peut pas souvent changer les circonstances, mais on peut au moins changer la façon dont on les vit ; on peut apprendre à répondre efficacement plutôt qu’à réagir. Certes, dans la mesure où on le peut, chacun-e est invité-e à réduire les facteurs de stress de son existence. Mais la vie sera toujours riche en défis et en confrontations de tous ordres. C’est pourquoi, dans une situation ou une période de stress, l’approche du Kundalini Yoga consiste à donner de l’espace au sens du soi. Le stress submerge la conscience et en réduit le périmètre : on ne règne plus sur le vaste domaine du soi, mais sur une petite forteresse assiégée par des forces envahissantes et hostiles. Il convient donc de reconquérir ce terrain perdu (plutôt que de tenter de contrôler les circonstances auxquelles on a réagi) :
  • reprendre contact avec soi-même : les postures et les mouvements y contribuent en stimulant le système nerveux qui est le réseau de communication du corps, redonnant accès à des sensations physiques, et au ressenti-même de notre existence, dont nous sommes coupés ;
  • reprendre le contrôle du flux d’énergie, et restaurer l’équilibre émotionnel, par la respiration ;
  • réaffirmer la souveraineté du soi sur toutes les forces psychiques qui nous travaillent : c’est le rôle des mantras, et notamment du mantra Sat Nām qui invoque et affirme le Soi authentique.

À long terme, le Kundalini Yoga nous enseigne à maintenir l’intégrité de notre domaine psychique, quelles que soient les circonstances. De sorte que nous ne soyons pas réduits à un petit îlot de conscience submergé par une vague de réaction au stress, mais plutôt que nous soyons toujours plus grands que notre stress : un vaste champ de conscience qui contient et régule tout ce qui se manifeste en son sein.

Et puis de cette façon, nous nous garantissons aussi un plein accès à notre richesse personnelle. La vitalité, l’intuition et la clarté d’esprit, les forces de l’âme et les vertus spirituelles, la créativité, le sens de l‘écoute et de la communication : autant de ressources qui, elles, peuvent nous aider à répondre efficacement aux circonstances, et même les faire évoluer.

jeudi 14 avril 2016

Commentaires sur la méditation du Bouddha Souriant


Le mantra SA TA NA MA 

Le mantra SA TA NA MA est une expression vibratoire de la séquence de nombres 4/6 3/7 2/8 1/9 (4321 et 6789) telle qu’on l’étudie en Karam Kriya.

Lors du stage sur les nombres 4 et 6 le 20 mars dernier, nous avons travaillé à des expressions de cette séquence :
  • 4/6 : je ressens que ; je suis conscient de ; je m’engage envers ; je perçois que ; je réalise que ; la vérité, pour moi, c’est que ; je sers ceci :
  • 3/7 et 2/8 : au-delà de l’espace et du temps ; à travers mes armures et mes blessures ; malgré le bruit et l’agitation ; au-delà de mes espoirs et de mes résistances; au-delà des mes tentatives et de mes limites ; malgré mes distractions et mes souffrances ; au-delà des pour et des contre ; dans les bons et les mauvais moments ; au-delà des louanges et des calomnies ; dans le meilleur comme dans le pire ; à travers les karma et les drames..
  • 1/9 : je suis ; j’existe ; je suis la lumière de l’âme ; j’existe en tant qu’essence divine ; le Cosmos vibre en moi ; la paix demeure en moi ; je suis un-e avec l’Univers ; tout est parfait…


Comment Siddharta devint Bouddha

Une très belle expression de ces séquences se trouve dans la façon dont on raconte que Siddharta devint Bouddha.
4/6 - il s’assied sous l’arbre pipal, et fait voeu de ne pas bouger avant d’avoir atteint la Vérité.
4/6 = engagement inconditionnel envers la vérité, immobilité méditative (attitude), présence
3/7 - Māra, démon de la mort, veut qu’il échoue. Il lui envoie donc ses trois ravissantes filles pour le distraire de sa méditation.
3/7 = divertissement, fascination (très lié au sens de la vue), compensation/déguisement de la négativité (Māra) en quelque chose de positif et d'attrayant (ses trois filles), mensonge du mental positif qui maquille la négativité avec de belles couleurs.
Mais Siddharta demeure en méditation.
2/8 - Constatant son échec, Māra lance contre lui des hordes de démons. Nouvel échec : Siddharta demeure en méditation. Mais Māra refuse d’admettre sa défaite.
2/8 = le mental négatif/subconscient décharge sa négativité (les démons). Plus de jeunes filles fascinantes, mais plutôt la vraie nature de Māra : les passions, les désirs, les attachements, la Mort, l’anéantissement (2/8).
1/9 : Siddharta prend alors la Terre à témoin en touchant le sol du bout des doigts. Il a atteint le but ultime de l’existence, le trésor de l’éveil permanent, la compréhension de la nature fondamentale de toute chose.
1/9 = le sol ; le but ; “the point of life is to be a point” (Shiv Charan Singh), le trésor final, "ça".

Maintenir la neutralité et le non-attachement

Comme l’illustre cette histoire de Bouddha, dans les séquences 4321 et 6789, on ne quitte pas 4/6 pour aller à 3/7 et ainsi de suite. Au contraire, on demeure dans 4/6 (sa méditation, son engagement, sa présence, sa respiration consciente), et on laisse venir à soi 3/7, puis 2/8, et enfin 1/9. C'est là la vraie neutralité, le non-attachement, la non-identification du yogi. Siddharta demeure ferme dans son engagement et son attitude méditative. Et il laisse venir à soi aussi bien la fascination que la négativité, et se laisse traverser par elles sans jamais perdre le sens de sa propre présence. C’est ainsi qu'il se rend disponible pour que son but vienne à lui, plutôt que ce soit lui qui se perde en essayant de l’atteindre. La méditation du Bouddha Souriant et le mantra SA TA NA MA sont une opportunité de cheminer sur cette séquence et de la vivre très consciemment.

À l’image du Bouddha, il nous faut rester ferme dans notre méditation. Car dès lors que notre subconscient se nettoie, on est d’abord sollicité par mille pensées, aussi imagées, colorées et mouvantes que les filles de Māra. Certaines de ces pensées sont même en apparence d’excellentes idées, que l’on voudrait noter de suite, ou dont on aimerait suivre le développement! C’est ainsi que l’on quitte sa méditation, et que l’on se remet à réfléchir.

Mais, si l’on maintient la neutralité et le non-attachement, le masque tombe, et l’on est en prise plus directe avec la négativité: douleurs, mouvement émotionnels divers, émotions négatives («pff… quand est-ce qu’elle se termine, cette fichue méditation?!?»). Mais une autre de ces expressions peut aussi être une sensation d’Infini qui peut nous faire croire que le but est atteint. On prend alors le risque de s’attacher à la sensation, et cela même suffit à briser notre résolution méditative.

Mais si l’on passe outre, on peut faire l’expérience d’une paix véritable, d’un samadhi profond et heureux. C'est ce que dit le sourire apaisé, tranquille, du sage. Puisse votre méditation faire de vous un tel Bouddha souriant!

Méditation et concentration

Ce qui ressort aussi de l’histoire du Bouddha, c’est qu’il peut maintenir son attention méditative car celle-ci est attachée à un but précis : il s’engage envers quelque chose, il médite sur quelque chose, il est concentré sur quelque chose. Ainsi, car il la maintient fermement ancrée, sa conscience peut s’élever. De même qu’un cerf-volant peut voler car un fil, traversant les vents et les courants, le maintient fermement à un point fixe au sol. Sinon le cerf-volant aurait vite fait d’être pris dans les vents. Et après peut-être une brève et fascinante expérience de vol qui n’aurait que l’apparence de la liberté, il serait pris dans les courants chaotiques et finirait par s’effondrer.

C’est pourquoi la conscience appliquée est la conscience de quelque chose : de son identité spirituelle, de son âme, du Nām qui vibre en soi, etc. On parle alors de « conscience spirituelle ».

C’est aussi pourquoi une pratique et une discipline méditative seront d’autant plus efficaces qu’elles ont un but, qu’elles sont faites dans une intention particulière. Yogi Bhajan ne s’y est pas trompé en nommant chaque méditation et en explicitant le but de chacune d’elles.

On peut aussi appliquer cela au temps de méditation lui-même : lorsque vous méditez, restez concentrés. Rien d’autre que l’asana, le mudra, le pranayama, le mantra, la drishti (concentration du regard)… rien d’autre !

Et puis on peut l’appliquer à l’existence elle-même : une vie aura d’autant plus de sens qu’elle se concentre sur un objectif identifié, simple (même s’il est audacieux !), unifié… Cela rendre plus facile la traversée des distractions, des vagues, des mouvements, des karma et des drames… Concentrer sans contracter ; concentrer pour cristalliser.


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- Yogi Bhajan (July 16, 1992)

vendredi 11 mars 2016

Méditation pour nettoyer le mental négatif


« Chaque pensée que nous avons, en un clin d’œil, se change en sentiment, en émotion, en désir… C’est le processus permanent de l’intellect, c’est de cela que vit l’intellect. L’intellect nous bombarde de pensées, de pensées, de pensées, de pensées et de pensées… et ces millions de pensées vont dans le subconscient. Et le subconscient en est surchargé. Ensuite il se décharge sous forme de rêves, de fantasmes, de cauchemars et – mon Dieu ! – quand il se décharge dans votre inconscient, vous êtes cuits. » Yogi Bhajan
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« Qu’est-ce que la méditation ? La méditation est une chose toute simple : quand on médite, toute la saleté du mental subconscient ressort. La méditation est ce processus qui consiste simplement à se défaire de la pollution subconsciente. C’est là tout ce qui se passe pendant la méditation. Tout ce que vous avez vu, tout ce que vous avez désiré, se manifeste dans votre subconscient. Et lorsque vous commencez à nettoyer le subconscient, vous y trouvez la saleté non seulement de cette vie-ci, mais celle de vies et de vies et de vies et de vies… » Yogi Bhajan 
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La pratique de cette méditation permet d’éliminer les pensées et les émotions négatives stockées dans le mental négatif (ou mental subconscient). Alors le mental négatif peut véritablement jouer son rôle : vous soutenir en vous connectant à l'Infini en vous, en tous et en tout. La posture de cette méditation invite le calme et l'humilité: on l'appelait avant « Posture du Mendiant ». 
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Assis en posture confortable, le dos droit. Formez une coupe avec les mains, paumes vers le ciel, les doigts de la main droite sur ceux de la main gauche. Placez cette coupe à la hauteur du centre du Cœur. Les coudes sont détendus sur la cage thoracique. Les yeux sont presque fermés, et le regard est porté vers le creux des mains.






Dans cette posture, pratiquez le pranayama (ou séquence respiratoire) suivant :
  • inspirez longuement et profondément par le nez 
  • expirez par la bouche, en soufflant un courant continu en direction des mains. 

En inspirant, prenez conscience des pensées, des émotions, des attachements et des énergies négatives; laisser remonter à votre attention de tout ce qui, en vous (dans votre subconscient), vous pollue, vous pèse ou vous distrait;  faites remonter ces choses à la surface de votre conscience.

En expirant, défaites-vous consciemment de toute négativité et de tout ce qui vous encombre ; laissez cela vous quitter, simplement.

Continuez cette respiration 11 à 31 minutes.

Pour terminer, inspirez, puis expirez complètement et suspendez le souffle, poumons vides, en rentrant le nombril, et concentrez-vous sur chaque vertèbre, une par une; sentez ainsi votre colonne vertébrale aussi ferme qu'un mât, que la colonne d'un temple ou que le tronc d'un chêne. Maintenez ce vide quelques secondes. Puis inspirez puissamment, expirez et recommencez. Faites cela 3 à 5 fois, puis détendez-vous.

Mes recommandations

  • Respirez profondément: à chaque inspiration, emplissez entièrement vos poumons, et videz-les complètement à chaque expiration.
  • Faites en sorte de sentir le flux d'air sur vos mains, c'est important et cela va vous aider à maintenir votre concentration.
  • Tout au long de cette méditation, maintenez le mudra au niveau du centre de la poitrine, pas plus bas.
  • Cette méditation offre l'opportunité de faire l'expérience de l'Infini en soi: un espace intérieur vaste, profond, illimité, et infiniment pur. Ressentez cette pureté et identifiez-vous à elle qui est l'essence même de notre présence.

mardi 17 novembre 2015

De compassion et d'amour


Depuis les attentats de samedi, le monde entier manifeste un touchant élan de solidarité à l’égard des Parisiens et des Français en général. Mais on entend aussi des voix qui regrettent que la même compassion ne semble pas se manifester à chaque fois que des attentats similaires ou que des violences font leur lot de victimes dans d’autres pays. Et en effet, les occasions de nous indigner ne manquent pas : il y a eu dans la même semaine des dizaines de morts à Beyrouth, une centaine au Kenya, d’autres centaines au Burundi, ou morts noyés en Méditerranée, sans parler de l’Irak et de la Syrie… et d’autres encore, innombrables, victimes partout dans le monde de la violence, de la misère et de l’ignorance.

Alors je me suis posé cette question : après tout, c’est vrai, pourquoi ne voit-on pas la même solidarité et la même compassion pour tous ? 

On peut bien sûr gloser sur l’orientation des médias et des réseaux sociaux qui ne s’intéresseraient qu’à ce qui se passe en Europe et en Amérique du Nord, et qui prouveraient par là l’extraordinaire égoïsme des Occidentaux, etc. On peut aussi cyniquement se dire qu’on finit par ne plus s’intéresser à la violence des pays dont on perçoit qu’ils en sont malheureusement coutumiers. Mais sans doute peut-on voir plus loin que ces opinions dictées par la dualité et ses tensions. 

Nous sommes mis au défi de développer une vue d’ensemble, d’embrasser le tout : Yogi Bhajan nous invite à « voir Dieu en tout » (sinon, on le sait, « on ne peut pas voir Dieu du tout »), le développement durable nous dit de « penser global », et nos grands modèles de sagesse et de bonté semblent s’être adressés à tous. Mais pour la plupart d’entre nous, « tout le monde », « universel », « l’humanité toute entière »… ne sont que des notions abstraites, des concepts dont on peine à faire une expérience tangible. D’ailleurs, celles et ceux qui ont manifesté leur amour pour tous les êtres semblent plutôt rares : on s’en souvient avec dévotion, on leur voue un culte et on bâtit des sanctuaires à leurs noms. 

Alors on approche ce vaste horizon qu’est l’universel au travers de ce que l’on connait, de ce qui nous est plus familier, de ce qui est à notre portée. Ainsi, si la compassion pour tous n’est pas facile à ressentir, on peut l’appréhender au travers de la compassion pour quelqu’un en particulier ou dans une situation donnée. De même que l’on peut approcher l’amour de Dieu en aimant son partenaire, ou que l’on apprend à aimer tous les êtres en aimant au moins ceux que l’on connait, que l’on a de l’empathie pour tous les êtres qui souffrent en contemplant un seul chien pelé et affamé. Dans le même esprit, on sait qu’entre l’individuel et l’universel, il y a la communauté : cette cour où se rencontrent le connu et l’inconnu, le personnel et l’impersonnel, le familier et le mystérieux ; cette porte, certes étroite au regard des dimensions de l’Infini, mais qui mène quand même à lui. Même les plus grandes consciences n’ont jamais parlé qu’à celles et ceux qui étaient en leurs présences. Mais ils ont su toucher, à travers eux, le monde entier.

La France, et Paris en particulier, sont familiers à beaucoup de gens. La France a une longue histoire et s’est fait connaitre (pas toujours favorablement, certes) de beaucoup de peuples. La langue française est très répandue et la culture française s’exporte bien, de même que sa mode, sa gastronomie et un certain art de vivre. Tout le monde connait la Tour Eiffel et Paris est dans le trio de têtes des destinations touristiques les plus prisées. Les Français jouissent globalement d’une image positive, et beaucoup de gens se disent qu’ils n’ont rien fait pour mériter cela.

Mais au-delà, qui peut dire ce que ces drapeaux tricolores qui fleurissent sur internet ne parlent que des Français ? Qui sait ce qu’ils signifient réellement ? Qui sait si, en manifestant leur indignation et leur solidarité à l’égard d’un peuple connu et identifié, et qui vit une tragédie donnée (alors qu’en effet, tant d’autres peuples mériteraient une égale compassion), ils n’expriment pas quelque chose de plus universel, mais de plus difficilement accessible ? De la même façon, on a tous vu la photo du corps d’Aylan, petit réfugié syrien noyé sur les plages grecques. Beaucoup d’autres enfants, à commencer par ses frères et sœurs, sont morts ce jour-là, et cela continue : mais qui irait affirmer que l’immense tristesse que l’on a ressenti devant ce petit garçon excluait ou ignorait les autres enfants décédés ? Sans doute, notre peine fut si grande qu’elle les incluait tous. Certes, le mental ne s’intéresse en général qu’à ce qui lui est familier, alors que le cœur, lui, peut contenir le monde entier. Mais qui a dit que le mental ne pouvait pas exprimer, parfois, à sa manière locale et limitée, ce que le cœur ressent d’infini ? Qui sait tout l’universel contenu ou adressé dans ces manifestations ciblées de solidarité ? Qui sait quelle prière universelle est dite en silence lorsque l’on écrit avec émotion pray for Paris ?

Paix à tou-te-s !

lundi 19 octobre 2015

Swara Yoga : méditation pour ne pas craquer


ਰਵਿ ਸਸਿ ਲਉਕੇ ਇਹੁ ਤਨੁ ਕਿੰਗੁਰੀ ਵਾਜੈ ਸਬਦੁ ਨਿਰਾਰੀ ॥੭॥
rav sas laoke eho tan kingurī vājē sabad nirārī.
Le canal solaire et le canal lunaire sont les cordes, 
et le corps est l’instrument : le Verbe y vibre harmonieusement.

                                        Gurū Nānak (16e siècle)
____________

La science du contrôle du flux d’air à travers les narines est appelée Swara Yoga. Swara désigne l'euphonie intérieure : l'harmonie vibratoire du mental induite par une respiration consciente, semblable à une harmonie musicale. Les nādi (ou méridiens) ida et pingala sont comparables aux cordes d'un instrument de musique. Lorsqu'ils sont activés et contrôlés par une respiration consciente, alors c'est tout notre système glandulaire qui vibre harmonieusement (sous le commandement de la glande pituitaire qui correspond au 6e chakra, précisément là où ida et pingala se rejoignent). Et dans cette expérience intérieure l'on peut faire l'expérience du soi véritable, telle une voix qui, sur cette mélodie, chante « je suis ».

Voici une très belle respiration méditative pour transformer son état mental et émotionnel en pratiquant Swara Yoga. Elle fut enseignée par Yogi Bhajan le 7 juin 1976.


Asseyez-vous en posture confortable, jambes croisées (ou sur une chaise), la colonne vertébrale droite. Rentrez légèrement le menton pour aligner la nuque. Croisez vos doigts (en Mudra de Vénus), les doigts de la main droite sur les doigts de la main gauche. Placez vos mains contre le corps, au niveau du diaphragme. 

Les yeux fermés, concentrez votre regard sur le bout du nez. Prenez conscience de la narine par laquelle vous respirez le plus : en quelques minutes à peine, vous devriez le savoir. Puis consciemment, changez de narine: par exemple, si vous respirez plutôt par la narine gauche, attirez le flux d’air par la narine droite, par la seule application de votre attention. Maintenez les épaules complètement détendues : vous devriez sentir une légère pression dans vos mains, mais pas au niveau des épaules.

Continuez ainsi à changer de narine toutes les quelques minutes. Méditez ainsi sur votre respiration pendant 11 minutes. Si vous le souhaitez, augmentez le temps de pratique d'une minute par jour, jusqu'à un maximum de 31 minutes.

Commentaires

La pratique de cette méditation vous donne donc accès au contrôle de vos réactions émotionnelles et de vos états mentaux, et vous empêche de craquer lorsque vous êtes sous pression. 

Lorsque votre mental est envahi de pensées négatives (angoisse, pessimisme, autodénigrement, ressentiment, colère, victimisation), ou lorsque vous voulez simplement vous sentir mieux, la pratique de cette méditation peut transformer votre expérience du moment. Cette respiration méditative modifie simplement votre état mental en changeant de narine active. Les narines sont connectées au « canal » psychique et émotionnel qu’emprunte notre énergie : apprenez à changer de canal. Lorsque vous souhaitez sortir d’un état d’accablement, de mélancolie ou de déprime, amenez votre respiration vers la narine droite pour stimuler pingala, le canal solaire, positif et extériorisant. Lorsque vous voulez calmer vos pensées, être moins réactif (sortir de la colère par exemple), attirez le flux respiratoire vers la narine gauche pour activer ida, le canal lunaire, relaxant et intériorisant. 

Mes conseils personnels

  • Vous pouvez aussi vous entrainer à changer de narine simplement en orientant légèrement votre regard vers la narine où vous souhaitez attirer le flux de prāna.
  • Méditez sur le mantra sat nām tout en respirant : écoutez intérieurement la syllabe sat (« vérité, réalité, essence ») sur l’inspiration, et nām (« identité » : ce à quoi la conscience s’identifie) sur l’expiration. Cela vous aidera à rester concentré, et votre méditation affectera des régions plus profondes de votre psyché.
  • Essayez de concentrer votre regard sans toutefois contracter ni les paupières, ni le front. Le visage détendu, les paupières presque entièrement closes, « posez » votre regard sur le bout du nez, tout simplement. Lorsque vous perdez ce point focal, retournez-y calmement.
  • Utilisez le mouvement de l'abdomen pour respirer plus profondément.

mercredi 14 octobre 2015

Tapa, la chaleur de la Transformation

« Tapa signifie « chaleur » : c’est la chaleur divine qui consume entièrement le karma. » Yogi Bhajan
Lorsque j’étais petit, à Lomé (Togo), j’aimais bien accompagner ma mère à son cours de Kundalini Yoga. J’étais toujours très impressionné par l’ambiance : une pièce surchauffée - (du Hot Yoga avant l’heure !), pleine de jeunes gens assidus se soumettant aux pratiques les plus engagées, le visage crispé par l’effort et la concentration, transpirant à grosses gouttes. Les étudiants avaient lu le manuel Self Knowledge (traduit en français sous le titre « Humanologie ») : certains croquaient des gousses d’ail crues pour stimuler l’énergie avant de longues séances de Sat Kriya. Tout cela contrastait fortement avec le calme qui régnait pendant la relaxation, et avec la profondeur de la méditation qui suivait.

Plus tard, j’ai retrouvé cette impression très particulière pendant le Yoga Festival, avec ces longues après-midi de Tantra Blanc dans la chaleur estivale de la Touraine, où l’on guette le moindre coup de vent comme la divine récompense de ses efforts. Et puis il y eu ce séjour à Vrindavan, en Inde. Visitant un temple dédié à Krishna, je fus frappé par ces fidèles, de jeunes hommes occidentaux pour la plupart, qui chantaient leur dévotion à pleins poumons, avec cymbales et percussions, assis pendant des heures sur des dalles de marbre, sous un soleil écrasant et dans une chaleur absolument effroyable. Il me sembla que la chaleur faisait encore une fois partie du processus. J’appris plus tard que c’est précisément ce que l’on appelle tapa : la chaleur nécessaire à toute transformation.

Qu’est-ce que tapa ?

En sanskrit, tapa signifie littéralement « chaleur » (via le latin tepidus, ce mot partage la même racine indo-européenne que le mot « tiède »). On trouve aussi tap (dans le Gurū Granth Sahib) et tapas (notamment dans les Yoga Sutra de Patanjali), qui signifient la même chose.

L’un des premiers sens du mot tapa désigne la chaleur de la gestation, de l’incubation et de la couvaison. C’est aussi bien la chaleur du ventre de la mère que celle de l’oiseau qui couve ses œufs ; c’est la chaleur du printemps qui permet aux graines de germer, celle de la chrysalide dans son cocon, et celle dont ont besoin levures et bactéries pour se multiplier (pour faire du yaourt, par exemple). Tapa peut aussi prendre le sens de « fièvre » : c’est l’élévation de la température corporelle que notre organisme produit pour stimuler la production des globules blancs et activer les défenses immunitaires. En somme, c’est la chaleur nécessaire à tout processus de métamorphose, de transformation biologique. 

Cela s’applique aussi à la chimie : on parle alors « d’énergie d’activation ». En cuisine, c’est  la chaleur contrôlée qui permet de cuire les aliments. Le feu de l’alambic, qui permet la distillation de la matière brute en l’alcool le plus pur ou en l’huile essentielle la plus fine, en est une autre forme. Tapa, c’est la chaleur de la transformation alchimique qui transmute le plomb en or. Et si l’on admet que cette matière vile, ce plomb des plus grossiers, représente nos instincts, et que l’essence, ou l’or, que l’on récolte à l’issue du processus de transformation, symbolise notre conscience la plus haute, alors on parle bien ici de l’éveil de la Kundalini, le long de cette colonne de distillation qu’est sushumna ; et cet éveil ne peut se faire sans tapa.

Tapa dans la philosophie du Yoga
« Lorsque vous êtes en colère, on parle de tapa, car il y a de la chaleur dans votre colère. Alors ce que pratiquent tous ces grands Yogis, vous le pratiquez aussi ! Mais vous, vous le faites sans le savoir, alors qu’eux savent tout à fait ce qu’ils font ; c’est juste une question de conscience. » Yogi Bhajan 
Selon la philosophie du Yoga, tapa s’entend comme « chaleur psychique » plutôt que corporelle : sinon, pratiquer devant son radiateur suffirait ! C’est la chaleur à laquelle on soumet son propre mental, pour l’extraire de sa nature la plus grossière, les instincts, et l’élever vers ses plus hautes aspirations : l’intelligence universelle. 

Ce feu existe en nous. De même que le fumier qui fermente s’élève en température, nos déchets subconscients qui s’amoncèlent produisent une chaleur qui nous consume à petit feu. « Quelque chose est en train de cuire », disait Yogi Bhajan à un élève dont il sentait la colère et le ressentiment s’accumuler. Là sans doute sont les fameuses poudres auxquelles une étincelle suffit à mettre le feu. Alors quitte à ce que cette chaleur se manifeste, autant qu’elle soit sous notre contrôle, comme le cuisinier garde un œil vigilant sur la flamme de son fourneau. « Cuire cela plutôt que cela nous cuise », pourrait-on dire. Ainsi, la juste application de tapa permet de générer un feu intérieur purificateur qui consume les toxines, élimine les impuretés, en somme, qui « brûle » la négativité et le karma.

Ainsi tapa peut prendre le sens général « d’ardeur spirituelle ». Cette ardeur se manifeste dans l’intensité de la pratique : c’est toute la ferveur spirituelle que l’on y met. C’est l’engagement, la résolution, mais aussi l’enthousiasme que l’on entend appliquer à un chemin qui vise à consumer l’égo. Tapa désigne donc l’effort intense de sa pratique spirituelle, mais aussi les conséquences psychiques de cet effort, la transformation personnelle qui en résulte. C’est pourquoi on peut aussi traduire tapa par « discipline spirituelle » ou encore « ascèse ». Dans l’Ashtang Yoga (les « huits membres du Yoga »), Pantanjali fait de tapa le troisième des niyama, les cinq « observances essentielles ». C’est une des clés du progrès spirituel, et nombreuses sont les mythologies qui décrivent combien les dieux eux-mêmes sont impressionnés par le tapa dont peuvent faire preuve les sages, les saintes et les héros.

Tapa et Kundalini Yoga
« Effectuez ce nettoyage total par un formidable effort du soi. Créez ce feu qui s’appelle tapa ; ce feu est le pouvoir qui peut éveiller votre Kundalini et consumer les blocages et tous schémas de votre cerveau. » Yogi Bhajan (à propos de Sodarshan Chakra Kriya)
L’efficacité du Kundalini Yoga repose, entre autres, sur une juste application de tapa. Cette « chaleur psychique », selon les mots de Yogi Bhajan, est à la base de l’éveil de la Kundalini : elle résulte de la combinaison, au niveau du centre ombilical, de prāna vāyu et d’apāna vāyu ; puis ce tapa descend au niveau du premier chakra et éveille la Kundalini qui s’y trouve lovée. 

On trouve donc tapa dans toutes les pratiques toniques et engagées dont le Kundalini Yoga a le secret, au point que de nombreux débutants, mais aussi nombre de pratiquants confirmés résument le Kundalini Yoga à cette seule intensité.

Or il ne faut pas confondre tapa et l’éveil de la conscience : si tapa est un moyen, la conscience est le but. C’est limiter le Kundalini Yoga, c’est restreindre la noblesse de ses objectifs et la richesse de ses moyens, que de l’associer systématiquement aux manifestations extérieures de tapa : plus vite, plus fort, plus longtemps, plus loin… mais pas vraiment plus haut ni plus vaste. L’égo, tel une baudruche, a vite fait de se gonfler à cette chaleur-là.

Alors si le but n’est pas tapa lui-même, mais la transformation qu’il permet, tapa doit s’accompagner d’une intention. La pratique seule, même avec beaucoup de tapa, ne suffit pas ; elle peut même se révéler néfaste en stimulant l’égo. Yogi Bhajan a toujours précisé l’intention qui sous-tend chaque kriya et chaque méditation, en général dans une longue introduction, ou encore dans le nom même de cette pratique. C’est donc dans les limites de la conscience de cette intention, et avec la plus grande précision, que tapa s’applique ; tapa ne saurait devenir un but en soi, sans quoi l’égo-mental s’en empare pour son propre compte, faute d’intention qui le transcende. Ce tapa-là peut certes impressionner les dieux, mais en aucun cas les tromper pour de bon…

Pratiquer tapa

Toute pratique tonique et engagée génère tapa, c'est-à-dire que l’ardeur de notre kriya est communiquée, via le système nerveux, au mental. C’est dans cette chaleur que la transformation du mental s’effectue, que les éléments de la personnalité sont raffinés, que les fausses identifications sont dissoutes, et que la graine de l’identité vraie, sat nām, commence à germer dans le terreau de notre conscience.

Si notre pratique est trop pauvre en tapa (irrégulière, peu intense, en somme, en deçà de l’intensité que l’on pourrait honnêtement lui donner), alors rien ou presque n’est vraiment  stimulé. Cette chaleur se dissipe avant d’avoir pu impacter notre psychisme. C’est juste un bon moment de temps en temps, mais rien de réellement transformateur.

Trop de tapa, en revanche, a pour effet de choquer le système nerveux, voire de le consumer, comme le ferait un courant électrique trop puissant traversant un circuit qui n’est pas calibré pour cela. Cela peut affecter durablement les structures psychiques et déstabiliser la personnalité. Le système nerveux a besoin de se calibrer progressivement. En outre, trop de tapa peut venir compenser un manque d’intention…

Enfin ce que l’on pourrait appeler un mauvais type de tapa - un kriya inapproprié, une méditation qui ne correspond pas à nos besoins - produit trop peu de résultat, car il n’impacte pas notre mental là où il le faudrait. De sorte que l’on se décourage (et l’on ne génère pas assez de tapa), ou alors on « augmente les doses » (et l’on génère trop de tapa). En général, cela vient d’un manque de clarté dans ses intentions, ou d’une guidance inappropriée.

Quelques pratiques pour faire l’expérience de tapa


Lorsque l’on parle de chaleur, on pense naturellement à la respiration du feu. C’est en effet un très bonne pratique pour stimuler tapa, seule ou associée à des postures toniques telles que l’éradicateur de l’égo ou la stretch pose. Les nabhi kriya vont également générer cette chaleur psychique ; cela a du sens dans la mesure où le centre du nombril correspond au troisième chakra et à l’élément Feu. Mais, on l’a dit, tout kriya ou méditation particulièrement intensive nous fera faire l’expérience de tapa : notre attitude compte aussi.

Mentionnons aussi les méditations intenses qui sollicitent les bras et qui font transpirer, telles la « méditation pour guérir les corps physique, mental et spirituel », la « méditation pour conquérir la douleur », celle pour « se débarrasser de la peur et de personnalités fragmentées ». Je pense aussi au Bowing Jāp Sāhib, et évidemment à Tap Yog Karam Kriya (on notera l’expression karam kriya, « processus de transformation du karma [en dharma] »). Quant à Sodarshan Chakra Kriya, elle est explicitement mentionnée comme stimulant tapa pour brûler le karma.

Enfin, l’un des plus sûrs moyens de générer tapa, c’est japa, la répétition d’un mantra. Yogi Bhajan en précise ainsi la séquence : « Japa génère tapa ; tapa brûle le karma, et le karma, une fois consumé, crée le dharma. Et dans ce dharma règnent la bonté et la compassion en lesquelles Dieu demeure. » Ainsi, nombre de méditations particulièrement intenses ont recours au japa d’un mantra que l’on répète de façon monocorde et auto-hypnotique. 

Je repense à la chaleur étouffante du centre de Kundalini Yoga de Lomé, aux dévots de Krishna brûlant leur karma au soleil de l’Inde, et aux longues heures passées à chanter Hammī Ham Brahm Ham en transpirant sous la big top. Et je me dis qu’en fin de compte il ne s’agissait pas de la chaleur des tropiques ni de celle du Yoga Festival, mais bien de celle, plus humble mais bien plus formidable, qu’un être humain peut produire de lui-même au service de sa transformation et de son élévation :
« Allumez le feu de la droiture, irradiez de la lumière du Nām et de la vérité, et saisissez dans votre cœur la formidable chaleur du soleil » Yogi Bhajan
_____________________________
Initialement paru dans Sat Nam Infos,
actualité en ligne de la Fédération Française de Kundalini Yoga

samedi 3 octobre 2015

Niyama (dans les Yoga Sūtra)

Selon les Yoga Sūtra, recueil d’aphorismes du rishi Patañjali, on recense huit « membres » (asht-anga), huit étapes fondamentales sur le chemin du Yoga : yama, niyama, āsana, prānāyāma, pratyāhāra, dhāranā, dhyāna et samādhi. Après yama, voici quelques mots sur niyama.




Niyama

Niyam signifie, entre autres « méthode, processus, discipline ». Les Yoga Sutrā de Patanjali recensent cinq niyama :

  • saucha : l’hygiène, la propreté, la pureté physique et mentale;
  • santosha : le contentement, parfois aussi traduit par « patience »; 
  • tapas : l’effort, l’ardeur spirituelle, l’ascèse; 
  • svādhyāya : littéralement « méditer sur soi »; la connaissance de soi, la conscience de soi;
  • īshvara-pranidhāna : littéralement « se consacrer au Seigneur »; la dévotion; demeurer en Dieu, en être un disciple, tout ramener au Divin.

Comme on l’a vu précédemment, les cinq yama sont les prérequis moraux qui dégagent notre intention initiale de tout fantasme, de tout espoir, de toute intention parasite de l’égo. Les yama régulent les mouvements psychiques des « cinq passions », afin qu’elles ne s’intègre pas à notre cheminement.

Les cinq niyama, quant à eux, proposent une discipline pour faire en sorte que notre intention demeure pure de toute corruption égotique tout au long du chemin. Et pour s’en assurer, il faut s’y appliquer chaque jour. De même que le corps se salit chaque jour, on le lave chaque jour ; il en va de même pour le mental subconscient. La discipline suggérée par niyama est donc quotidienne.

Ainsi, saucha nous purifie pour faire en sorte que notre désir, kām, transcende ses manifestations instinctives et deviennent un désir pur et puissant de s’unir au Divin, de se sentir appartenir à la Conscience Universelle (« longing to belong » selon l’expression de Yogi Bhajan).

Santosha, « se contenter de ce que l’on a et de ce qui est », laisse la voie à la juste compréhension plutôt qu’à des projections et des interprétations de la réalité qui concluent à la victimisation, à la honte, au ressentiment, à la culpabilité (liste non exhaustive…) qui sont autant de visages de la colère contre soi ou le monde (krodh).

Tapa (cliquez ici pour un article plus détaillé) est la chaleur psychique, l’effort sur soi-même (y compris l’effort physique) qui permet d’éveiller la conscience de soi son état hypnotique ordinaire, mais un effort toujours orienté vers le but le plus noble, l’éveil de la conscience individuelle vers la Conscience Universelle. C’est la chaleur puissante mais contrôlée qui meut la conscience en un mouvement ascendant, tel un ballon d’air chaud qui monte. Le combustible nécessaire à cette chaleur est notre propre karma, nos identifications erronées et nos fausses limitations. Tapa s'oppose donc à lobh, l’avidité qui, au contraire, a besoin de puiser toujours plus dans le monde horizontal (les biens matériels, les relations sociales) pour entretenir le feu de l’égo et ses fascinantes projections.
« Tapa signifie "chaleur": c’est la chaleur divine qui consume entièrement le karma. » Yogi Bhajan
Svādhyāya signifie « conscience de soi ». Cultiver la conscience de soi, c’est l’exact opposé de moh (l’orgueil) : la glorification du moi, identité secondaire, illusoire et éphémère (là où le soi demeure sereinement dans l’éternité de chaque instant).

Enfin, īshvara-pranidhāna, c’est se référer à Dieu, s’en remettre entièrement à la Conscience Universelle. Si je dois cultiver quelque attachement, autant me lier au Divin plutôt que d’être entravé par tout autre attachement, toute autre identification (ahangkar). Ici il est question du sacrifice, qui est la transformation de nos attachements. Ahangkar marque le refus d’en faire l’oblation, tandis qu’īshvara-pranidhāna est l’expérience d’un sacrifice total, inconditionnel, réitéré jusqu’à ce qu’il demeure un état permanent.

On peut faire un parallèle intéressant entre les niyama et la sādhanā telle qu’elle est pratiquée quotidiennement dans la tradition du Kundalini Yoga :

  • saucha se manifeste par la douche froide, ishnān, qui détoxifie le corps et nettoie le subconscient de son activité nocturne ;
  • le Japjī Sāhib de Gurū Nānak décrit la réalité intrinsèque de l’Univers ; il dit ce qui est. Sa lecture installe santosha ; le sens des mots ainsi que leur vibration mettent calmement notre mental en relation avec l’intelligence universelle, afin qu’il développe la compréhension la plus juste et la mieux informée ;
  • tapa est une composante essentielle de tout kriya (ou série d’exercices) de Kundalini Yoga ; chaque kriya est véritablement « un formidable effort du soi » (Yogi Bhajan) ;
  • la méditation amène évidemment svādhyāya, et la nature dévotionnelle des chants, īshvara-pranidhāna qui se poursuit dans le chant du kirtan, la présence de la communauté (sangat) et la lecture du hukam qui suivent la sādhanā. 

Après yama et niyama vient āsana, la posture (prochain article).

vendredi 2 octobre 2015

Yama (dans les Yoga Sūtra)

Selon les Yoga Sūtra, recueil d’aphorismes du rishi Patañjali, on recense huit « membres » (asht-anga), huit étapes fondamentales sur le chemin du Yoga : yama, niyama, āsana, prānāyāma, pratyāhāra, dhāranā, dhyāna et samādhi. Voici quelques mots sur yama.





Yama

Yam signifie « contenir, maintenir, retenir », (tandis que a-yam renvoie au déploiement, comme dans prānāyām : « déploiement du prāna, expansion de l’énergie vitale »). Patanjali enseigne qu’il y a cinq yamas :

  • ahimsā : la non-violence ;
  • satya : la vérité, l'essence ;
  • asteya : ne pas voler ;
  • brahmacharya : littéralement « aller avec Brahma (Dieu) » ; la modération, la retenue des instincts ;
  • aparigraha : la non-possessivité; demeurer libre de tout attachement.

En fait, les yamas sont les fondements de la voie yoguique. Ils constituent la base, le socle sur lequel fonder son développement spirituel. Ne pas s’y conformer revient à donner libre cours aux cinq passions que sont la luxure (kāma), la colère (krodh), l’avidité (lobh), l’orgueil (moh) et l’attachement égotique (ahangkar). Traditionnellement, les cinq yamas n’étaient même pas enseignés dans les ashrams, car on considérait que quiconque n’a pas installé cela dans sa vie n’a pas les prérequis pour commencer le chemin de l’éclosion de l’âme. 

À l’inverse, l’observance des cinq yamas appelle naturellement à marcher sur le reste du chemin. Les bases de l’épanouissement de l’âme doivent être saines : l’âme est comme une graine qui va germer, se développer, fleurir, et donner des fruits. Et l’on ne veut pas que la graine d’une mauvaise herbe toxique pousse également, profitant de l’élan de l’âme.

Donc le disciple doit être bien certain, dès le départ et tout au long du chemin, qu’il n’y a pas d’intentions cachées derrière son engagement spirituel ; qu’il n’y pas dans son subconscient la volonté secrète d’assouvir ses désirs, de se venger du passé, d’amasser des richesses, ou d’affirmer son égo. Les cinq yamas affirment clairement que le chemin que l’on entreprend ne comblera aucune de ces passions ; ils nous dégagent de tout espoir de les assouvir et font en sorte qu’elles ne nous accompagnent pas. Les yamas nous aident à sacrifier nos intentions secondaires et à transformer les cinq passions pour raffiner notre intention première, celle de notre âme.

L'on peut ensuite passer aux niyama.

jeudi 1 octobre 2015

Méditation pour soulager le stress

Méditation pour soulager le stress
et nettoyer les émotions du passé

Cette méditation (extraite du manuel Physical Wisdom édité par Kundalini Research Institute) est particulièrement efficace pour faire face aux situations stressantes liées à nos relations et à notre passé familial.
Assis en posture confortable, les jambes croisées, le dos droit, le menton légèrement rentré pour aligner la nuque. Amenez les mains face à la poitrine et joignez les bouts des doigts de la main droite à ceux de la main gauche. Les doigts pointent vers le haut, et on maintient un peu d’espace entre les paumes. 

Dans cette posture, concentrez votre regard sur le bout du nez et respirez 4 fois par minute selon la séquence respiratoire (ou prānayāma) suivante :

  • inspirez pendant 5 secondes ;
  • suspendez le souffle pendant 5 secondes ;
  • expirez pendant 5 secondes.

Continuez ainsi pendant 11 minutes, ou jusqu’à ce que vous vous sentiez soulagé du stress.

Pout terminer, inspirez profondément, suspendez le souffle quelques secondes, puis expirez et détendez la posture.


Rien n'existe...

Assis à l'ombre d'un arbre, le maître fumait, contemplant son jardin. Alors qu'il tirait sur une longue pipe en bambou, un de ses jeunes disciples s'approcha et lui dit : « Je crois que j'ai compris, maître: tout n'est qu'illusion ! Le vide est la vraie nature du monde phénoménal ! Rien n'existe, ni ceci, ni cela. Ni mon mental, ni vous, ni même Bouddha. Et il n'y a rien à chercher ni à atteindre ! Il n'y a ni sagesse, ni médiocrité, ni lumière ni obscurité, ni réalisation, ni déception. Il n'y ni donner ni recevoir. Rien n'existe ! »

Il attendait, souriant, que le maître valide une telle réalisation. Celui-ci médita quelques secondes, puis donna soudain un grand coup de pipe sur la tête du disciple.

Celui-ci se frotta le crâne de douleur, et rougit de colère. Le maître dit alors : « Si rien n'existe, d'où vient cette colère ? »
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